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Une chambre en Inde

Ariane Mnouchkine (Mise en scène)


:(4) Extrait de "L’Indiade ou l’Inde de leurs rêves"

L’Indiade ou l’Inde de leurs rêves, acte I, scène 2.

Dans cette pièce, Hélène Cixous donne à voir la période historique liée à l’Indépendance indienne. L’Angleterre, puissance coloniale en place, vient de déclarer la guerre à l’Allemagne nazie et attend un engagement de tout son empire. Durant cette période de crise, nous assisterons à la naissance du Pakistan souhaitée par la Ligue musulmane. Une guerre civile particulièrement sanglante, matrice de tous les extrêmes, éclatera, laquelle débouchera sur l’assassinat de Gandhi.

Les personnages présents dans l’extrait ci-dessous, situé au début de la pièce, sont liés au parti du Congrés. Le dialogue avec Gandhi questionne la nécessité ou non de la guerre dans un contexte d’affirmation de valeurs telles que la liberté.

Extrait

Nehru
Changeons d’histoire, c’est le moment.

Bapu, l’Angleterre a besoin de l’Inde. La marchande sait calculer. En ce moment, elle fait ses comptes. L’Inde vient-elle à lui manquer et le trône chancelle. Voilà pourquoi elle nous envoie son émissaire.

Azad
Et quel émissaire, un travailliste ! Sir Stafford Cripps. C’est déjà un message. On nous tend une main.

Patel
Et qu’espérez-vous donc de ce noble envoyé ? Et quelles seront vos conditions ? J’aimerais le savoir.

Nehru
L’Indépendance tout de suite, voilà ce que nous exigeons. Que l’Angleterre brise nos chaînes aujourd’hui même. Alors, retrouvant l’air, le ciel, les nuages, à l’instant nous oublierons la cage. Et le monde verra la jeune Inde, délivrée et brillante de fierté, accourir toute armée au secours des vieilles nations angoissées. Et de toutes nos forces en avant contre l’immonde. Car, nul ici n’en doute, la cause de l’Angleterre est juste.

Gandhi
Alors la première guerre qui passe et tout le monde saute dedans comme des grenouilles dans la mare?! Hop ! Indiens ? Non ! Grenouilles !
Nous engageons toute l’Inde dans la non-violence. Abdul Ghaffar Khan désarme toute la Frontière. Cent mille guerriers par excellence. Et demain il va leur dire : « Ceux d’en bas ont changé d’avis. Nous reprenons les armes ! » Honte ! Confusion ! Folie ! Je vous le dis, si c’est pour la liberté de faire la guerre, que vous essayez de mobiliser les cœurs impressionnables du Congrès, ne comptez pas sur moi, je vous combattrai, je vous renierai, je vous... sans aucune colère naturellement. Voilà. J’ai parlé. Écoutez-moi ou ne m’écoutez pas.

Nehru
Bapuji, ma mère est l’Inde, mais l’univers est mon père. Aujourd’hui l’Inde ne peut rester accroupie sous la tente asiatique tandis que le nazisme avance en dévorant peuple après peuple. Nulle guerre n’est bonne mais il y a des guerres justes et nécessaires. ...

Patel
Bapu, je vous demande pardon, mais je prends aujourd’hui le chemin de Nehru, je crois en vous, mais...

Gandhi
Mais jusqu’à un certain point seulement. A partir de la chèvre là-bas, vous croyez en Nehru.

Patel
Gandhiji, j’aime par-dessus tout la liberté. N’est-ce pas pour elle seule que nous avons lutté ?

Gandhi
Pas exactement. Allez, oubliez Gandhi.

Hélène Cixous, L’Indiade ou l’Inde de leurs rêves, acte I, scène 2, Théâtre du Soleil, 1987, p. 50-52

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