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Couverture de Music-hall

Music-hall

de Jean-Luc Lagarce


Music-hall :Extrait 1: Incipit

MH, p. 9-11 / ThCIII, p. 61-63

– 1 –

LA FILLE. – La Fille‚ elle venait comme ça‚ du fond‚
là-bas‚
elle entrait‚
elle marchait lentement‚
du fond de la scène vers le public‚
et elle s’asseyait.
Parfois‚ c’est arrivé plusieurs fois‚ parfois‚
parce qu’il n’y avait pas la possibilité d’entrer par le fond‚
ou parce que la scène n’était pas assez profonde
ou d’autres fois encore‚ parce que la lumière avait dû être réglée autrement‚
la Fille‚ alors‚
c’était une habitude qui avait été prise pour faire face à ce genre d’incidents‚
la Fille entrait sur le côté dans le fond de la scène et alors‚ assez habilement je dois dire‚ elle effectuait un léger demi-cercle et gagnait ainsi la ligne centrale pour avancer‚
« comme si de rien n’était »‚
vers le public‚
et s’asseoir‚ au même endroit‚ de la même manière‚
lente et désinvolte.

Parfois encore‚ une ou deux fois‚
et pas plus tard qu’il y a un an‚
parfois encore‚ au fond de la scène‚ il n’y avait aucune porte‚
et dans ces cas extrêmes‚
mais il était bon de les prévoir au cas où‚
puisque pas plus tard que l’an dernier‚ et d’autres fois encore‚
et dans des circonstances qui ne le laissaient pas prévoir‚
une telle situation pouvait se révéler possible‚
il avait été prévu que la Fille‚
mais ce devait être exceptionnel‚
la Fille serait déjà là‚
elle attendait au fond‚ et lorsque cela commençait
– mais c’est elle toujours qui décida du début –
lorsque cela commençait‚ elle avançait en ligne droite vers le public et elle s’asseyait‚
de la toujours même manière lente et désinvolte.
Comme ça‚ « l’air de rien ».

Parfois encore‚ une fois‚
deux‚
je ne sais plus‚
et il serait bon‚ franchement‚
c’est ce que je pense‚
parfois‚ une ou deux fois‚
trois‚
admettons quatre‚
je compte‚ je réfléchis et je compte‚
mettons quatre fois‚
parfois‚ non seulement il n’y eut pas de porte‚
où que ce soit‚ ni au fond‚ ni sur le côté‚
et d’autre part
– c’est là que je veux en venir –
et il faut reconnaître que ce n’était pas rien‚
– quand j’ai vu ça‚ j’en aurais pleuré‚ et bien que cette éventualité-là fût prévue‚
je n’aurais jamais imaginé devoir un jour m’en servir‚
y recourir –
d’autre part‚
la scène était si petite‚ vraiment‚ de là à là‚ pas plus‚
que rien ne permettait de marcher‚ très lentement‚ et d’une manière désinvolte‚ rien‚
franchement‚ il fallait l’admettre
– j’en aurais pleuré‚ c’est vrai‚ on ne me croit pas‚ j’ai l’air comme ça‚ mais j’en aurais pleuré –
si petite‚ oui‚ qu’il fallut que la Fille‚
c’était la solution‚
que la Fille soit déjà là‚ assise‚ l’air de rien‚ déjà‚ oui‚ déjà‚
toute coincée entre le fond et le public‚ si proches l’un de l’autre.


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