Couverture de Finir en beauté

Finir en beauté

de Mohamed El Khatib


Finir en beauté :Extraits significatifs

proposés dans le cadre du Prix Sony Labou Tansi 2017

Extrait du dossier pédagogique

28 février 2012. (pages 38-39)

Cela faisait deux jours que nous n'avions pas pleuré.
Il était environ 19 heures et il nous fallait servir la soupe à tous les convives compatissants dont on ne savait plus s'ils étaient là pour ma mère ou pour la soupe ou un peu des deux.
On se met alors à chercher les petits bols à soupe pour mettre la table et je ne les vois pas. On commence à regarder mais on ne les trouve pas.
Mes sœurs s'y mettent, mon père aussi. Rien.

Rien et je sens qu'inexorablement la tension monte lentement à cause de ces petits bols à soupe. Quinze minutes et on n'arrive toujours pas à mettre la main sur ces petits récipients hémisphériques destinés à accueillir la soupe et qui nous permettraient de mettre les gens dehors.

Ils doivent bien être quelque part ces tout petits bols à soupe. Il est temps qu'ils apparaissent ces foutus bols à soupe parce que là je sens que ça va plus aller. Si quelqu'un s'est amusé à cacher les petits bols c'est extrêmement drôle merci mais là il faut arrêter maintenant, le moment est mal choisi, faut très vite rendre les petits bols à soupe avant que ça ne dégénère.
Ca commence, soudain mon père s'effondre en larmes. Il reçoit de plein fouet la disparition des petits bols. Il mesure combien une soupe orpheline de ses bols ne sert à rien.

A cet instant, toute la famille, absolument toute la famille se remet à pleurer devant cette béance amère, qui nous rappelle qu'elle n'est plus là, la seule personne qui savait que ces putains de petits bols se trouvaient à l'intérieur de la soupière.

8 mai 2012. (pages 47-48)

Objet : Faire quelque chose
Mohamed,
Bon mon coco, écoute bien là, parce que tu commences sérieusement à nous étouffer tous là avec ta mère. Faut que tu comprennes que ni ta mère, ni aucune autre mère n'est le centre du monde. Faut arrêter avec cette vaste fumisterie, ce complot de l'association des mères juives, arabes ou mères tout court dont le seul but est cultiver une dépendance ad vitam aeternam de leurs progénitures, de s'astreindre quotidiennement à les étouffer avec application et méthode, à les rendre inadaptées en dehors de leur seule et unique présence. Même Dieu ; même Dieu n'a pas eu un ego aussi surdimensionné et hypertrophié que la première mère venue, même tous les dieux réunis – bordel ! - font preuve d'un peu plus d'humilité à l'égard de « leur création » Parce que bon je ne connaissais pas ta mère hein, d'accord mais moi ma mère je la déteste, je la hais, qu'elle crève plutôt deux fois qu'une, elle a pourri mon enfance, elle a pourri mon père, mes frères et sœurs, le seul dénominateur commun dans notre famille c'est la détestation concertée qu'on lui porte. Tu comprends ça ? Chez nous la mère, c'est notre père. Je n'éprouve rien pour ma mère, absolument rien, tout au plus une belle indifférence et je peux même te dire que c'est réciproque et que ça va. Et que ça va. Alors maintenant tu arrêtes de nous emmerder avec ta mère parce que ça va ! Ton entreprise de culpabilisation de l'amour filial de la chair de ma chair de mes entrailles à la con, c'est peut-être vrai pour ta mère et toi, celle d'Albert Cohen à la rigueur, mais toutes les autres mères la vérité c'est qu'elles n'en ont rien à foutre de leurs gamins. Et je vais te dire, eh bien tant mieux. Et ça va ! Merci. Ca va !
M.


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