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Lettre au père

+ d'infos sur l'adaptation de Jean-Yves Ruf,
mise en scène Jean-Yves Ruf

:Le projet

J’ai lu la «Lettre au père» il y a plus de dix ans, et j’ai reçu ce texte en pleine figure. Depuis, il est resté dans mes pensées comme une mélodie lancinante qu’on ne peut s’empêcher d’entendre de loin en loin. Kafka a écrit cette lettre au moment où il projetait de se marier avec Julie Wohryzeck, à l’âge de 36 ans.
Cinquante pages, qu’il a remises à sa mère, pour qu’elle la transmette au père.
Comme on pouvait s’y attendre, la mère ne l’a pas transmise, et le père de Kafka ne l’a donc jamais lue.
Ce texte, Kafka l’a écrit à un moment charnière de sa vie. Avant de franchir le pas du mariage, il sent le besoin de faire le bilan de ses peurs, de ses terreurs d’enfant, et d’inventer un autre mode de relation avec son père. Le projet paraît simple, mais c’est évidemment un piège qu’il se tend à lui-même, et c’est ce qui fait la force de ce texte. C’est aussi bien une déclaration d’amour, un appel au secours, une volonté d’apaisement, qu’une déclaration de guerre, un long et terrible réquisitoire.
Vouloir épuiser par une lettre, même de cinquante pages, les incompréhensions accumulées durant trente-six années, est bien sûr voué à l’échec, et Kafka le sait sans doute. Il s’agit là d’autre chose. Il s’agit d’abord d’une tentative de sauvetage par l’écriture. Trouver une langue qui résoudrait l’équation intérieure d’un enfant blessé, devenu adulte, sur le point de se marier, voire de devenir lui-même père.
Cela donne un texte d’une rare densité, où le besoin de précision, le souci de ne rien cacher, de ne rien dire qui ne soit une vérité sensible, trahit une immense demande d’amour d’un fils à son père. Ainsi, il ne s’agira pas d’appuyer le versant violent, l’attaque en règle, le réquisitoire. Derrière cette apparente charge, il y a un humour sensible, un désir de dialoguer, un rêve de légèreté qu’il faudra savoir entendre.
Si ce texte nous touche autant, c’est sans doute qu’il dépasse de loin l’ordre du privé, et qu’il touche et ébranle nos structures profondes. C’est un texte sur la survie mentale de l’individu, sur sa construction vitale.

Jean-Yves Ruf

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