L'Invention de la giraffe

mise en scène Benoît Bradel

:Road Movie

La vie est un puzzle. Essayez pour voir. Les événements s’offrent à vous en masse. Il n’y a qu’à se pencher et choisir. La vie est un jeu de hasard.«Le mécanisme de fonctionnement du Yi King est le même je crois que celui de l’ADN – ou autre chose dans la chimie de l’organisme », affirmait John Cage.
C’est en travaillant sur son spectacle Cage circus que Benoît Bradel a pris conscience de l’importance du hasard dans la création artistique. Comment gérer ses intuitions ? Comment utiliser ce qui vous tombe sous la main ? Réponse de Cage : « J’essaie de prendre conscience d’aspects de plus en plus nombreux d’une situation pour les soumettre un par un à des opérations de hasard. » Question de méthode. Benoît Bradel n’a pas oublié la leçon. C’est que ce comédien, metteur en scène et vidéaste ne manque pas d’atouts. Tout en collaborant à des spectacles de Jean-François Peyret, Jacques Bonnaffé ou Sentimental Bourreau, il mène sa propre recherche.

Sur les traces de John Cage
Après Blanche Neige septet cruel, sa deuxième mise en scène en 1997, il part à New York sur les traces de John Cage. « J’avais toujours rêvé de cette ville. Même si j’ai attendu longtemps avant de la découvrir. » Il ne reste que dix jours dans la Grosse Pomme, mais se jure d’y retourner le plus tôt possible. Un nouveau voyage est programmé ; départ de Roissy le 12 septembre 2001. Pas de chance. « Tous les vols étaient annulés à la suite du 11 septembre ! » Benoît Bradel se penche alors sur les images qu’il a filmées lors de son précédent séjour. Des plans pris du haut des Twin Towers, les consignes de sécurité dans l’avion, le tournage de Spiderman… « Beaucoup de ces images étaient prémonitoires, en fait. »
Un an plus tard au Festival Temps d’Images d’Arte à la Ferme du Buisson, il présente un chantier tiré de son expérience new-yorkaise avec trois acteurs et un voltigeur. On peut y voir notamment quelques plans du film King Kong où des avions s’écrasent sur l’Empire State Building. Des textes de Simone de Beauvoir, Fernand Léger, Gertrude Stein accompagnent les images. Il y est beaucoup question de la destruction de New York, cette « ville debout » comme disait Louis-Ferdinand Céline.

Puzzle onirique
L’idée de créer un spectacle qui serait construit autour d’un film qui serait construit autour d’un spectacle s’impose. Avec l’écrivain Yves Pagès, ils mettent au point le scénario. Plusieurs mondes y entrent en collision, dans une atmosphère doucement onirique. Fouillant les poubelles du rêve américain, c’est un mélange plutôt cocasse de roman d’aventures et de polar avec : un cirque en faillite, un voyage à New York, la rencontre improbable d’un tueur à gages, d’un certain Skyscreeper, et autres péripéties. Au total, une folle embardée rythmée par les compositions de Thomas Fernier sur fond de soul music et de jazz. L’un des héros du film et du spectacle n’étant autre que le géant du saxophone David S. Ware.
Ce serait une erreur de penser, en revanche, qu’il est question dans ce projet de contrebande de girafes. Même si on y apprend que « les grandes girafes sont muettes ». Affalé par quarante degrés sur un banc du zoo de Central Park, Benoît Bradel aurait-il eu soudain en levant les yeux au ciel la vision de girafes gigantesques qui broutaient les nuages ? Allez savoir... Une chose est sûre, en anglais girafe s’écrit bien avec deux « f ». Essayez pour voir.

Hugues Le Tanneur

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