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De la part du ciel

+ d'infos sur le texte de Bruno Meyssat
mise en scène Bruno Meyssat

:NOTE D’INTENTION

Le spectacle de la part du Ciel s'inspire des "Enquêtes" de Camille Flammarion (1842-1925), astronome renommé du XIXème et XXème siècle dont Guy Walter, commanditaire de cette création, m'invita à découvrir l'œuvre.
L'épisode 1 de cette réalisation renvoie à deux de ses ouvrages : Les Caprices de la Foudre (1905) et La Mort et son Mystère (1922).
Cette première partie a été créée en juin 2003 lors du festival "Les Intranquilles" à la Villa Gillet (Lyon).
L'épisode 2 de ce spectacle, ici en création, procède de deux autres textes du même auteur : Les Maisons Hantées (1923) et L'Inconnu et les problèmes psychiques (1900). Notons que nous envisageons l'ajout ultérieur d'une troisième et dernière partie, faisant de ce spectacle un triptyque.

Si l'œuvre de Camille Flammarion est tournée vers le ciel - il est le fondateur de l'observatoire de Juvisy et de la Société astronomique de France -, elle se penche parallèlement vers l'étrange et l'inconnu de la vie "quotidienne" - il deviendra au contact d'Allan Kardec l'un des défenseurs du Spiritisme en France -. Sa renommée scientifique va lui permettre d'initier une vaste collecte de témoignages au sujet de l'intrusion d'événements inexpliqués dans la vie de ses contemporains. Ses livres s'en nourrissent et nous restituent, sous la forme de catalogues commentés et souvent cocasses, un paysage hanté et foisonnant d'une France encore agricole, mais aussi bourgeoise et universitaire à l'aube du séisme de la guerre de 14.
Cette vaste compilation d'histoires de familles traversées un jour (ou une nuit) par ses fantômes continue d'étonner. L'"impossible" et l'enfance resurgissent dans le monde des convenances où, comme un alpiniste, l'existence semblait assurée par un réel indiscutable.

Il est plaisant de se laisser entraîner par ce scientifique que rien n'étonne et qui croit forcément à ce qui n'a pas encore d'explications.
Dans son essai sur la Foudre, il propose le portrait en creux de cet "être infréquentable" dont l'éclat est si considérable que, pour celui qui l'observe - et y survit -, les causes naturelles n’y semblent pas suffire.
Dans ces confrontations qui tuent encore entre vingt à quarante personnes chaque année en France, se manifeste une face cachée des hommes. La foudre laisse à son passage des espaces évidés et "une scène vacante". L'esprit, comme la nature, n'aime pas le vide et peu après la "grande visite", refluent des fantômes et des images. "Les caprices de la Foudre" nous parle de ces reflux.

Celui dont “ l’âme a fui de peur, comme l’oiseau qui s’envole de sa cage ”. L’arrêt sur image qui fond sur lui désigne ce qui nous révulse absolument : cette suture de notre vie organique avec l’existence inerte. Sur la pointe du temps, après l’éclair, ne gît plus qu'une chose qui pue épouvantablement le soufre.

Sans pudeur, Flammarion nous dévoile le véritable ubac de son désir de connaître.
Comme si un Dieu reculait, sans être nié, à mesure qu'avancent ses investigations.
Comme si ce Dieu reculait parce que le scientifique le poursuit.

Camille Flammarion a enchanté le réel pour le rendre supportable comme le primitif le fait pour tout son environnement. Mais il a enchanté aussi le réel pour le rendre … enchanté. L’irréel est ce qui motivait ses recherches.
Dans ses textes, ses remarques, exemples, hypothèses et formulations, apparaissent aussi un détachement et un humour sans méchanceté.
Parfois, de tout ça, le scientifique ne sait plus quoi penser, et il l'écrit.

Les faits de la nature, tels qu'ils nous apparaissent, révèlent souvent ce qui nous habite. Devant le vide, on convoque des fantômes ou plutôt on les exhume de nous. On entre "sous la protection" d'un arbitraire pour reprendre pieds dans un monde à notre portée.
Plutôt l'arbitraire que rien, une relation et un visage inouïs que l'absence de toute cause.
Nous voici renvoyés à nous-mêmes mais aussi dans un ailleurs parallèle. Inconscients probablement, il rappelle cet “Altjira” des aborigènes : une période de rêve où il n’y avait pas encore de temps, où “ l’histoire naturelle n’avait pas encore commencé”.

Les thèmes et fantasmagories de Flammarion, les questions qu'il nous pose, appartiennent à l'essence même du théâtre. Car le théâtre est aussi le Lieu des apparitions. Et les enquêtes de Flammarion sont des scénarios naturels pour un plateau de théâtre, ses acteurs, ses lumières, ses objets et ses sons.

Lorsque nous explorions le thème de la foudre pour l'épisode 1 de ce spectacle, nous avions porté notre attention sur la menace qu'un espace peut réserver à un homme, sur l'éventualité qu'un lien s'inaugure entre une charge et sa victime à travers la fameuse différence de potentiel. L'éventualité d'un lien avec l'activité cachée des espaces représente le drame.
A l'heure où nous débutons les répétitions de ce nouvel épisode 2, nous ne savons pas encore où nous mèneront nos pérégrinations vers les fantômes nombreux de Camille Flammarion : tout au moins nous faudra-t-il leur faire une place sur le plateau…

Bruno Meyssat. février 2004

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