Kiwi

de Daniel Danis

Écrit en 2006 - français

Présentation

J'ouvre un oeil. L'autre, il a mal, un peu. Parce que. Ça sent fort l'alcool blanc dans la cabane du bidonville. Mon vieil oncle, ivrogne grave, se gratte la tête avec une allumette de bois et je reçois dans l'oeil, son coude pointu. Le froid me regarde. Sous les couvertures, je me dis que si je bouge encore les orteils, il va me croquer la peau. Je suis tout habillée, même ma tête. Je porte un bonnet de laine trop grand, celui de ma mère, il paraît. Elle a disparu, il paraît. Attaché à mon cou pend le trousseau de clés de mon père, il paraît. Disparu, lui aussi, il paraît. Jamais vu en tout cas, ni l'un ni l'autre. Mon vieil oncle et sa femme s'occupent de moi. Je vois des coulisses glacées sur le mur de papier peint. Des motifs de fleurs gelées. Une ampoule allume ce jardin verglacé. Ma langue bleue dit aux fleurs de pousser sous ce soleil jaune électrique. Des fleurs vont grimper sur les murs, comme des gloires du matin, des racines vont rentrer dans le plancher pour me soulever jusque dans les nuages. Juchée sur mon arbre, assise sur une branche fleurie, je verrai mon oncle et ma tante nager dans leurs larmes pitoyables à me crier : Arrête de grandir, maudite interdite ! J'ai une langue cachée, une langue bleue bien au chaud au milieu de ma tête. Là, une autre nuit, plus tard, ça frappe sur le mur de la cabane. Le carreau de la porte fracassé. Ça veut presque défoncer. Un désordre nocturne. Mon coeur grossit, ça embrouille ma langue bleue. Un homme entre avec un masque de laine noire sur la tête, une mitraillette dans les mains : Vous avez trois jours pour déguerpir du bidonville ! On va construire des résidences pour les Jeux Olympiques, on se débarrasse de la racaille. Personne n'entend les cris de ma langue bleue. * J'entends mes vieux discuter : Après-demain, quand on pliera bagages, on laissera la petite interdite dans le manège de la Place Publique. Ouais ! Ouais ! Un jour, je vais courir si vite que je remporterai une médaille d'or aux Olympiques. Je la vendrai pour acheter une maison chaude, toute chaude. * Ça y est, le jour du départ. Derrière moi, un bidonville vidé. Je me traîne les pieds dans la boue à cause de la neige du printemps qui a fondu. Mon oncle tire une charrette de bois à deux roues d'ancienne bicyclette remplie de nos emportages pêle-mêle.

Le texte par l'auteur

Nombre de personnages

  • 1 homme(s)
  • 1 femme(s)
  • Prix et distinctions

    2008

    Prix jeune public de la Bibliothèque A. Gatti

    Nomination Sélection 3ème & Seconde

    Sélection(s)

    2017

    Comité de lecture

    À partir de 13 ans

    Le 1er juin des écritures théâtrales jeunesse

    Autorisation de traduction

    Toute traduction pour un usage non privé est strictement interdite sans autorisation.

    Contactez l'éditeur pour toute demande de traduction

    bannière publicitaire du bas de page
    Masquer la bannière