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Le Petit chaperon rouge

+ d'infos sur le texte de Joël Pommerat
mise en scène Joël Pommerat

:Présentation

Pourquoi cette histoire du petit chaperon rouge ?

Je me souviens du récit que me faisait ma mère, quand j’étais enfant, du chemin qu’elle devait faire pour aller à l’école. Petite fille, elle habitait dans une ferme et devait marcher chaque jour à peu près 9 Km dans la campagne déserte. C’était normal me disait-elle, tous les enfants des fermes alentours faisaient comme moi. Quand j’étais enfant cette histoire m’impressionnait déjà. Elle m’impressionne encore plus aujourd’hui. Je m’imagine une petite fille avec son cartable, sous la pluie ou dans la neige, marcher sur les chemins, traverser un bois de sapins, affronter les chiens errants, des vents glacials. Quels parents aujourd’hui laisseraient partir son petit garçon ou sa petite fille de six ans comme ça, par tous les temps, la nuit, l’hiver, dans la campagne, pour un trajet aussi long, affronter seul la nature et la solitude ? Je sais que ma fascination pour le conte du petit chaperon rouge vient de là : Une petite fille qui marche dans la campagne, même si ce conte est évidemment bien plus ouvert encore.
Avec ce spectacle, j’ai eu envie de retrouver les émotions de cette petite fille, toute seule sur son chemin. Je sais que cette histoire est une partie de mon histoire. Je sais que ce long chemin qu’a emprunté ma mère, presque chaque jour de son enfance, a marqué et orienté sa vie, inscrit au plus profond des attitudes en face de l’existence, imprégné son caractère, influencé beaucoup de ses choix. Je sais que cette histoire, en plus d’être un mythe pour moi, a contribué à définir aujourd’hui ce que je suis.

Pourquoi un spectacle pour les enfants ?

C’est la première fois que je crée un spectacle précisément destiné à des enfants.
Je me suis souvent posé la question du théâtre qu’on proposait aux enfants.
Je me suis posé cette question sans jamais y répondre jusqu’à présent concrètement.
Lorsque je répète mes spectacles (ceux qui ne sont pas destinés précisément aux enfants), je me demande souvent si je laisserai ensuite mes propres enfants (j’ai deux filles) assister à une représentation. C’est un problème délicat pour moi. Une question qui est devenue de plus en plus importante au fil des années.
Au niveau de la forme de mes spectacles (la façon d’envisager le jeu des acteurs, le rapport de la lumière, du son et de l’espace) et même de l’exigence que nous mettons dans notre travail, comédiens et techniciens, je suis à peu près sûr qu’il n’y a pas de différence à rechercher entre les différents publics. Je suis au contraire persuadé que les enfants ont le droit à la même qualité de recherche, à la même volonté de perfection. Je crois que les enfants ont le droit qu’on ne change pas de façon de faire et d’envisager le théâtre pour eux.
Évidemment on ne raconte pas les mêmes histoires à un adulte de 30 ans et à un petit garçon de cinq ans.
Le petit chaperon rouge est un conte qui me fascine (je suis un adulte de 40 ans) et qui fascine également de nombreux enfants pas seulement des petites filles.

Comment traiter au théâtre ce conte du petit chaperon rouge ?

Je voudrais écrire ma propre version de l’histoire. L’histoire du petit chaperon rouge ne se réduit pas à la version littéraire de Charles Perrault, même si c’est lui qui l’a popularisée. Il en existe des dizaines de versions différentes. Mais je ne vais pas chercher non plus à refaire l’histoire ni chercher à la rendre moderne ou contemporaine. Je voudrais rendre simplement les différentes étapes du parcours de cette petite fille dans la campagne, qui part de chez sa mère pour se rendre chez sa grand-mère et qui rencontre un loup. Sans pratiquement aucune digression. Au contraire je voudrais me recentrer sur les différentes actions et les différents personnages. Rendre ces personnages et ces moments dans leur plus grande simplicité et vérité. Avec beaucoup de concret. Pour moi ce loup, même si comme on le dit et peut le rêver, représente bien plus, symboliquement, qu’un animal, ce doit d’être traité comme un animal. C’est en travaillant sur une représentation d’animal la plus vraie possible théâtralement qu’on pourra atteindre des dimensions plus grandes de ce personnage et de cette histoire.
Le rapport à la nature ainsi qu’à l’animalité voire la bestialité me paraît essentielle. La nature et l’animal dans ce qu’ils ont de dangereux, de mystérieux et d’imprévisible mais aussi dans ce qu’ils ont de beau et de merveilleux, d’envoûtant et désirable, c’est ce que je voudrais faire ressortir.
Le rapport à la peur est primordial dans ce conte, et en général dans la vie d’un enfant. Selon moi, aborder la question de la peur avec les enfants, c’est aborder aussi l’autre versant de cette émotion qui est le désir.
C’est aussi parler d’une initiation à la peur. Une maîtrise de cette émotion avant d’entrer dans le monde des adultes.
Affronter la peur, en tant qu’enfant, se confronter à elle, dans le sens d’un apprentissage ou d’un jeu, c’est travailler à ne plus être esclave de sa peur, dominé par elle, pour finalement oser aller vers l’inconnu, le possible danger, inérant à toutes actions humaines et toutes existences.
Enfin, plus en profondeur encore, un autre des sujets de ce conte est le temps, le temps humain. Les quatre protagonistes de ce conte sont les suivants : une petite fille, sa mère, la mère de sa mère et un loup. Autrement dit : trois générations de femmes au sein d’une même famille (le même sang, la même chair), marquées par une absence, celle des hommes. Ce loup (carnivore) est donc au centre d’une histoire qui le dépasse, celle de trois femmes, unies par un sentiment très fort, qui sont (ou seront) amenées à prendre chacune la place de l’autre, dans un mélange de désir et de peur. Sans que cette question, ce problème, ne soit jamais abordé directement par les personnages, c’est bien cela, je crois, qui rend cette petite histoire si envoûtante pour les enfants et pour les adultes. C’est bien sûr de cela aussi que « mon » petit chaperon rouge essaiera de se faire l’écho.

Joël Pommerat

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