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Ilda et Nicole

+ d'infos sur le texte de Jean-Paul Delore
mise en scène Jean-Paul Delore

:Note d'intention

C’est à Maputo, au Mozambique, que j’ai imaginé ce souvenir, argument principal pour la réalisation et l’écriture d’Ilda et Nicole, sous l’influence du dialogue quasi permanent qui existe là-bas entre la vie et la mort. Une préoccupation que l’on retrouve aussi très fortement chez les trois acteurs présents sur le plateau de ce spectacle : dans la violence sourde du jeu de l'acteur congolais Dieudonné Niangouna, chez la jeune comédienne et danseuse mozambicaine Assucena Manjate, dans les chants imprégnés de blues brésilien de l'actrice/chanteuse Simone Mazzer.

Et puis l’écriture s’est poursuivie à Rio de Janeiro, reliée par un pont imaginaire laissé en héritage par la colonisation portugaise à Maputo. L’Histoire dans ces deux grandes villes tournées vers le large aux identités plurielles, lentement complexes, continue de jouer sa partition brutale et sensuelle… Dans la fable Ilda et Nicole, peut-être faut-il voir la tentative d’une libre importation des influences délicates de la Saudade brésilienne et mozambicaine. J’ai emporté avec moi l’inquiétude des « visages superposés » du vidéaste Sean Hart, les corps bandés ou « rematiérés » en métal et végétaux de la plasticienne Catherine Laval, les chuchotements électroniques et baroques du compositeur Xavier Garcia, ou encore les « projections d’ombres sur volumes pauvres » du scénographe Patrick Puéchavy.

Ces éléments artistiques, visuels, physiques et sonores nous avons cherché à les mettre en relation les uns avec les autres en les testant sur le web puis « indoor » en workshop et performances publiques à Rio de Janeiro et enfin dans une rue de la banlieue Nord de cette ville ( favela da Maré), dans le cadre de la résidence “Carnet Sud/Nord 20”.

Le texte/livret d'Ilda et Nicole n'est apparu qu'ultérieurement, issu justement de ces croisements d'expériences. J'ai alors mis mes propres mots, dans l'ombre de ceux, bien plus profonds que les miens, de trois écrivains lusophones monstrueux liés par la langue et dont l’œuvre, profondément attachée au réel, ne cesse pourtant de s’en échapper et de l’attaquer : l'illuminé portugais Fernando Pessoa parce qu'il dialogue avec le Monde et Dieu, la poète pornographe brésilienne Hilda Hilst parce qu' elle dialogue avec les béances du corps , le non terrestre mozambicain Mia Couto parce qu'il dialogue avec la mort.
Alors, tout va bien, absence de problème, Mia Couto le dit : “les morts naissent tous le même jour, seuls les vivants ont des dates séparées” , Hilda Hilst confirme : “la maison de la truie c’est le nom qu’ils donnent à ma maison, tout m’entre à l’intérieur, tout sort... Il n’y a rien qui ne fasse qu’entrer?” et Fernando Pessoa enfonce le clou : “Où se trouve le monde ? Où se trouve le monde? Où y a-t-il des choses? Où y a-t-il des choses?”

Aboutissement de cette errance géographique, littéraire et esthétique, Ilda et Nicole est une rêverie où les situations théâtrales s’enchaînent et s’associent pour décrire l’identité, l’intégrité d’un corps qui déborde, se démultiplie, se disperse en d’autres corps, subis ou choisis.
Dans ce conte moderne où les corps des acteurs, les images filmées, les musiques, mixés sur scène nous entraînent vers un théâtre musical de chambre fragmenté sarcastique et poétique, l’incarnation d’Ilda en Nicole n’est qu’un point de départ . Certes, l’esprit d’Ilda la petite, la douce-amère touchée précocement par la maladie de vivre puis s’observant déshabillée par la mort avec humour langoureux et d’infinis regrets, se pose, pour mieux l’envelopper, sur la plastique puissante et lumineuse de Nicole la taciturne. Mais les perturbations qui s’ensuivent ne tardent pas à contaminer la manière même dont se raconte l’histoire qui ne cesse alors de se discontinuer...
J’habite ce corps qui n’est pas mon corps... N’être pas celui qu’on est / être plusieurs / être ailleurs / ne plus voyager mais être soi-même l’exil / vivre avec ses propres fantômes...
Corps étranger mais qui n’est pas l’Autre puisqu’il prolifère en nous, à notre insu, Ilda/Nicole femme à tiroirs évolue donc à la limite du réel, du possible.. Un voyage mental dans un univers incertain et non résolu…

Jean-Paul Delore

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