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Derniers remords avant l'oubli

+ d'infos sur le texte de Jean-Luc Lagarce
mise en scène Rodolphe Dana

:Entretien avec Rodolphe Dana

Propos recueillis par David Sanson

Qu’a aujourd’hui à nous dire aujourd’hui le théâtre de Lagarce, et comment expliquez-vous son « succès » ?

Rodolphe Dana : « Je crois que son succès est avant tout dû (je parle là de ses dernières pièces) à un thème récurrent chez lui, qui est celui de l’amour : comment aime-t-on ? pourquoi aime-t-on ? qu’est-ce qu’aimer ?… etc. Et ses questions-là sont d’autant plus nécessaires à résoudre que la fin, la mort (celle de Lagarce) est proche. Succès dus aussi au fait que ces histoires-là ont souvent pour cadre les ami(e)s, la famille, et les amant(e)s. Enfin, parce qu’à la manière d’un Tchékhov, l’humour y est très présent. Je ne sais pas trop ce que le théâtre de Lagarce a à nous dire (il faudrait lui poser la question). Je crois qu’il ne dit rien, Lagarce, il montre comment il voit l’humanité et traduit cette vision par des mots. Et s’il a autant de succès, c’est que les spectateurs se reconnaissent dans cette humanité-là.

Comme presque toujours chez Lagarce, Derniers remords avant l’oubli fait particulièrement voisiner le tragique et le comique – cette dernière dimension semblant même plus prégnante que dans Le Pays lointain : quels « partis pris » de mise en scène avez-vous adoptés pour aborder ce texte – en regard de votre traitement de Pays lointain –, et pour faire ressortir le caractère tragique ou comique de cette sorte de ressassement qui caractérise son écriture ? Comment interprétez-vous ce ressassement ?

Rodolphe Dana : « Les questions de l’abandon, de l’amour et du deuil sont présentes dans Pays lointain et Derniers remords avant l’oubli. Et même si la famille est beaucoup moins présente dans ce second texte, il n’empêche qu’il a, je trouve, une façon similaire de traiter la question des sentiments. Puisqu’il met aussi en doute l’amour naturel que l’on devrait avoir avec sa famille au travers du personnage de Louis dans Le Pays lointain. L’amour n’est pas une chose innée, que ce soit dans la famille ou avec des amant(e)s. C’est un combat que d’aimer, de parvenir à aimer, comme c’est un combat de ne plus aimer, d’accepter qu’il n’y ait plus d’amours. La forme, dans Derniers remords..., est aussi plus dialoguée, plus directe que dans Le Pays lointain, il y a moins de monologues, plus de situations concrètes... A priori, Derniers remords... est plus comique que Le Pays lointain, mais il faut demeurer vigilant, on se doit d’incarner des être humains, pas des caricatures D’un point de vue scénographique, nous envisageons le même dépouillement que sur Le Pays…, mais autrement, car je crois définitivement que l’écriture de Lagarce supporte mal un décor, une certaine forme de naturalisme. C’est avant tout un plateau de théâtre, des acteurs et des mots. L’interprétation du ressassement est liée avant tout à une grande assimilation de sa technique d’écriture. Le but étant qu’au final, cette technique d’écriture s’efface, ne se remarque plus. Le travail que cette écriture demande à l’acteur ne doit pas se voir, ni s’entendre. Il doit se ressentir.

Dans le beau texte que vous aviez signé l’an dernier pour le Festival d’Automne, dans le programme de salle du Pays lointain, vous insistiez sur la « nécessité » qui guide l’oeuvre de Lagarce, comme celles de Proust et de Tchékhov : pouvez-vous y revenir - et, dans le même temps, sur vos choix et votre conception de la mise en scène ?

Rodolphe Dana : « Cette chose-là, que j’appelle nécessité, est une chose purement intuitive qui a lieu dès la lecture. Qu’y a-t-il de plus abstrait qu’une lecture ? Comment se fait-Rodolphe Dana : « Cette chose-là, que j’appelle nécessité, est une chose purement intuitive qui a lieu dès la lecture. Qu’y a-t-il de plus abstrait qu’une lecture ? Comment se faitil que l’on puisse ressentir une émotion alors que l’on est seul, assis avec un livre ? Et que, concrètement, nous ne vivons pas ce que nous lisons ? C’est que nous ressentons, par l’imaginaire, une émotion. Et lorsque je ressens une émotion, c’est que l’auteur a fait en sorte que je la ressente, que pour lui il a été nécessaire que je la ressente. Notre boulot est alors ensuite de faire ressentir cette émotion, cette nécessité aux spectateurs. il que l’on puisse ressentir une émotion alors que l’on est seul, assis avec un livre ? Et que, concrètement, nous ne vivons pas ce que nous lisons ? C’est que nous ressentons, par l’imaginaire, une émotion. Et lorsque je ressens une émotion, c’est que l’auteur a fait en sorte que je la ressente, que pour lui il a été nécessaire que je la ressente. Notre boulot est alors ensuite de faire ressentir cette émotion, cette nécessité aux spectateurs. Dans les choix de mise en scène, nous procédons de la même façon. Sur le plateau, il n’y a jamais rien de superflu. Tout ce qu’il s’y trouve est rendu nécessaire par le texte et les acteurs. Nous essayons que le moins de choses possibles fasse écran entre les premières émotions d’une lecture et la réception du texte par les spectateurs. Je crois que l’authenticité a toujours à voir, d’une manière ou d’une autre, avec le dépouillement.

Pourquoi, plus précisément, avoir fait le choix de Derniers remords avant l’oubli (2003), texte de deux années antérieures au Pays lointain? quelle place vous semble-t-il occuper dans l’oeuvre de son auteur, et quelle relation entretient-il selon vous avec Le Pays lointain ?

Rodolphe Dana : « Le choix de Derniers remords..., nous l’avions en tête avant même de faire Le Pays lointain. Mais nous avons opté pour ce dernier texte parce que nous avions envie d’un risque peut-être plus grand, et d’être plus nombreux sur le plateau. Nous aimions ces deux pièces, il a fallu faire un choix.

Après Oncle Vania de Tchekhov, et Le Pays lointain l’an passé, vous avez choisi, pour votre troisième mise en scène, de rester fidèle à l’univers de Jean-Luc Lagarce : pour quelles raisons ?

Rodolphe Dana : « Nous restons chez Lagarce pour les raisons que je viens d’évoquer. Mais aussi parce que nous avons du mal, lors de nos diverses lectures, à tomber sur un auteur qui traite de l’humanité de manière aussi juste, sans jugements, avec humour, lucidité, cruauté, dans une langue aussi singulière, et dans laquelle on se reconnaît. »

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