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Accueil de « Cataract Valley »

:Note d'intention

par Marie Remond et Thomas Quillardet

Jane Bowles dépeint des personnages incapables de s’acclimater au monde qu’on leur propose. Harriet a trouvé refuge dans ce camp pour touristes près des chutes d’eau pour soigner ses crises nerveuses. L’une de ses sœurs, Sadie, va entreprendre un voyage vers celle sans qui elle ne peut vivre. Pourquoi Harriet manipule-t-elle les sentiments de Beryl, cette « serveuse blonde et courtaude au regard têtu » ? Pourquoi sa jeune sœur, Sadie, vient-elle lui rendre une visite inopinée ? À Camp Cataract, mi-camp de vacances mi-sanatorium, la folie n’est jamais très loin.

Le chaos intérieur des personnages fait écho au grondement des cascades (les cataractes) qui les attirent et les fascinent. Dans un climat moite et fiévreux, cherchant l’équilibre entre humour et âpreté, nous voulons dresser le portrait sensible de femmes imprévisibles.

Cette nouvelle présente un vrai défi dans son adaptation à la scène. Le point de vue du narrateur bascule sans prévenir dans une réalité parallèle et le lecteur ne se rend compte qu’à la fin du récit délirant auquel il a cru. Sensations de brouillard, de vision trouble, d’éblouissement... Le lieu est propice aux faux semblants, aux illusions d’optique.

La complexité, l’intériorité, l’humour des personnages imaginés par Jane Bowles et la schizophrénie de Sadie, donnent la possibilité d’une interprétation extrêmement riche des acteurs pour donner à voir un paysage fantasque à l’extérieur et à l’intérieur des personnages. Comment faire coexister, se répondre les deux?

Tout comme dans le roman de Thomas Mann, La Mort à Venise, où Venise est en proie à une épidémie de choléra au moment où le personnage est submergé par son fantasme pour Tadzio, - et l’on ne sait plus si Gustav meurt du choléra ou de son désir dévoilé, l’environnement de Camp Cataract (les chutes d’eau, leur dangerosité, leur mystère) fait écho au bouillonnement intérieur des personnages.

Le lieu cristallise le refuge où se retrouvent pour une durée indéterminée les personnalités inadaptées au monde social et à ce qu’on attend d’elles, quelque part entre le sanatorium de La Montagne Magique et le camping touristique en forêt avec ses cabanons, ses canoës et des excursions prévues près des chutes d’eau.

L’importance de la voix narrative est capitale dans cette nouvelle. C’est le gouffre entre la voix intérieure, ce que ressentent les personnages, et leurs actions. Il y a en réalité très peu d’action dans cette nouvelle, axée autour d’un déjeuner, mais les enjeux sont bien plus vastes et se manifestent dans le bouillonnement intérieur en forme de « montagnes russes » que traversent Harriet et Sadie.

Marie Remond et Thomas Quillardet

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