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Accueil de « Ça va ? »

Ça va ?

mise en scène Daniel Benoin

:Notes d'intention

Ça va ? C’est une série de petites pièces dans lesquelles deux individus s’affrontent dans de savoureux dialogues déclenchés par la formule rituelle « Ça va ? » aussi faussement bienveillante que vide de sens. Au fil des échanges les questions et réponses se faufilent entre les lieux communs pour dénicher l’absurde hypocrisie des relations sociales ou la tendre complicité des vieux amis.

Depuis le début des années 70, Jean-Claude Grumberg traverse le théâtre français avec près de quarante pièces qui, toutes, le mettent en tête du peloton des auteurs dramatiques. Depuis quarante ans, je cherche à me confronter à cette écriture et voilà qu’enfin j’en ai à la fois l’occasion, la disponibilité et le plaisir. Ça va ? est certes une série d’histoires courtes mais forme une vraie pièce élaborée à travers ces conversations cocasses ou dramatiques enveloppant l’absurdité du monde et la solitude humaine dans un grand éclat de rire.

Daniel Benoin


Le çavavirus, de son nom latin, est une saloperie de maladie. Qu’elle vous chope, ou que vous la chopiez, à un coin de rue, au saut du lit, à la terrasse d’un café, au bal des petits lits blancs ou dans vos escaliers, dans une queue de ciné, au bar de l’Opéra – où je ne vais jamais –, n’importe où donc, chez vous, chez des amis – s’il vous en reste –, en France, à l’étranger – où je ne vais plus, les “ça va” vous collent au train, impossible de vous en débarrasser. Cachets, pilules, suppos, lotions, potions, sirops, massages, rien n’y fait, rien n’y fera. Quand le “ça va” vous a pénétré à l’insu de votre plein gré, inutile de sortir masqué comme un touriste japonais grippé, le çavavirus résiste à tout traitement et, si vous l’avez, inévitablement, vous le collerez à d’autres. Moi, il y a six-sept ans que le “ça va” me possède. Pire qu’un rhume ; le rhume chez moi ne dure jamais plus de dix mois dans l’année, mais le “ça va”, je vous dis, six-sept ans ! Au plus fort de la maladie, j’en griffonnais un par jour. Aujourd’hui je suis, disons, en période de rémission, c’est un par mois. Quoi qu’il en soit, dès que je me sens tiré d’affaire, je m’installe à ma table, taille mon crayon et je me prépare à pondre la tragédie sur le temps qui passe, la misère qui s’amasse, les copains qui trépassent, et que dalle, nib, peau de balle et balai de crin c’est un “ça va” qui me suinte des mains et vient salir le papier blanc de sa noirceur infecte.

Jean-Claude Grumberg

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