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Friedrich Dürrenmatt

Suisse – 1921 - 1990

Présentation

Né en 1921 à Konolfingen (canton de Berne), Friedrich Dürrenmatt passe son enfance dans l'Emmental, sous la houlette de son pasteur de père. En 1935, la famille Dürrenmatt déménage à Berne où le futur auteur effectue ses études secondaires. Il y entreprend également des études universitaires de littérature allemande et de philosophie qui le rendront attentif tout au long de sa vie aux problèmes historiques, politiques et à ce qu'on appelle aujourd'hui les faits de société. Pourtant, en 1946 il interrompt ses études, sûr de lui, pour se consacrer à l'art. A l'art, car comme il l'a écrit à son père : «Il ne s'agit pas de décider si je vais devenir un artiste ou non, car cela ne se décide pas, on le devient par nécessité. (...) Dois-je peindre ou écrire ? Je me sens appelé par les deux.»
C'est à partir des années 1950, coïncidant grosso modo avec son installation à Neuchâtel (1952), que ses oeuvres commencent véritablement à laisser leur empreinte dans le paysage littéraire germanophone. Il s'impose notamment par ses romans policiers «Le Juge et son Bourreau» (1951) ou encore «Le Soupçon» (1952) qui reposent sur les épaules d'un commissaire vieillissant, atteint du cancer, anti-héros pétri d'Ancien Testament et d'ironie curelle. Allégorie d'une justice vieillotte et décatie ?
Thème central d'une oeuvre axée sur la morale et la métaphysique, la justice est au coeur de «La visite de la vieille dame», pièce mise en scène pour la première fois le 29 janvier 1956 au Schauspielhaus de Zurich. Encore une fois, la justice, imagée à travers un personnage attaqué de toutes parts par le temps, muni de prothèses, se retrouve telle la toiture qui porte toute la société, en passe de s'écrouler. C'est à partir de cette pièce de théâtre que l'auteur suisse alémanique devient mondialement connu. Ses oeuvres ont été traduites en plus de quarante langues, et il a plusieurs fois remporté des prix. Dans l'univers de Dürrenmatt, la tragédie n'a plus de place en tant que telle, elle ne peut que s'allier à la comédie pour déboucher sur le grotesque : ce sont désormais «les secrétaires de Créon qui règlent le cas Antigone». Toutefois, ses pièces ne peuvent que nous interpeller sur l'attitude morale de l'individu et de la collectivité, sans pour autant nous proposer une «morale» tranchée. Elle nous laisse souvent aussi désemparés face à ses oeuvres que face à notre vie même.
Intéressé à la production cinématographique, Dürrenmatt a composé «La Promesse», écrit en 1958, qui de scénario est devenu roman (puis adapté en 2001 par le réalisateur américain Sean Penn sous le titre «The Pledge»). «La visite de la vieille dame» a également été portée à l'écran avec force et fraîcheur par le réalisateur sénégalais Djibril Diop Mambéty (1992) sous le titre emblématique de «Hyènes». On ne compte plus aujourd'hui les versions du petit et du grand écran des oeuvres de Dürrenmatt.
Contrastant avec l'atmosphère grinçante de ses écrits, sa vie respirait l'hédonisme, perceptible au bouquet des Bordeaux qu'il dégustait et au parfum suave des Havanes. De plus, il était en société un conteur aussi divertissant que fascinant. Le plaisir toujours à portée de main, entouré d'amis, Dürrenmatt a cultivé la vie d'autant plus fort que la mort a rôdé autour de lui, longtemps avant son départ, telle un «memento mori». Et c'est en 1990 qu'elle l'a emporté.