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Demandons l'impossible

Écrit en 2017 - français

Présentation

Dans les années 60, la France se déboutonne lentement et l’effeuillage social fait grincer bien des fermetures… En d’autres termes, la France industrielle se modernise à vive allure, les autoroutes étirent leurs tentacules, les immeubles grimpent, les campagnes se vident, les banlieues champignonnent, les entreprises prospèrent, les grandes surfaces s’élargissent. Sur les plages, quelques seins timidement dévoilés suscitent l’ire des censeurs. La modernité se heurte aux us et coutumes… Défense de s’éclater dans une société qui éclate. Au contraire, la jeunesse, elle aussi en pleine croissance, enregistre, telle un sismographe, le frémissement de ces failles et les répercute. Les enfants de la guerre, adolescents des sixties, se grisent de la civilisation du loisir qui grandit avec eux, mais présentent simultanément un mal de vivre dans le bien-être, une pauvreté affective dans l’abondance matérielle, une insatisfaction personnelle dans la satisfaction collective… Elevés aux atrocités nazies, aux exploits des FTP et à l’imaginaire de la Résistance, ils doivent se contenter de la platitude de l’époque. Un temps, la guerre d’Algérie (ou d’autres plus lointaines), leur tient lieu d’ersatz. Ils ne supportent pas qu’au pays de Jean Moulin, on torture et on tue. Une société qui tolère l’intolérable au nom de la raison d’Etat est intrinsèquement perverse et appelle une révolution radicale. L’idée de révolution jaillit alors d’un étonnant brassage : la fascination des temps où l’acte militant était un acte guerrier, l’insurrection éthique contre les turpitudes d’une sale guerre, la quête messianique d’un Eden sans classes où les hommes seraient frères.