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Tout entière

+ d'infos sur le texte de Guillaume Poix
mise en scène Guillaume Poix

:Présentation

Une femme, anonyme, a vécu dans l’Amérique des Trente Glorieuses,cette Amérique iconique et multicolore qui a déferlé sur le monde entier avec ses images, ses slogans, ses rêves. Un jour, bien plus tard, en 2007, à Chicago, un jeune homme a découvert des caisses remplies de négatifs – plus de 100 000 ; il les a fait développer, et ce qu’il y a vu tient du miracle : les photographies exhumées ne sont pas seulement d’une beauté et d’une puissance rares – non pas bariolées comme se présentaient volontiers les Etats-Unis triomphants d’alors, mais pour la plupart en noir et blanc –,elles dessinent aussi en creux le portrait de leur auteure, cette femme opaque dont le nom résonne à lui seul comme une énigme : Vivian Maïer. Derrière ce nom, il y a en effet autant d’évidences que de mystères, il y a le spectre de Julie Andrews et son indécollable Mary Poppins – Vivian Maïer était gouvernante, sillonnant inlassablement son pays pour s’attacher à une nouvelle famille –, l’ombre de Doisneau, et les traits de Sylvia Plath, Diane Arbus ou Janet Frame, ces femmes anglo-saxonnes qui ont vécu le puritanisme et les électrochocs, qui ont écrit leurs souffrances et leurs euphories, qui ont vu, sous le vernis clinquant de leur société, les ravages de l’exclusion, de la difformité, de la solitude. Derrière le visage farouche, buté et mélancolique de Vivian Maïer – l’artiste a laissé de nombreux autoportraits –, il y a la condition d’une femme nomade, inadaptée au monde des autres, volontiers sauvage, obsessionnelle et trouble. Une femme qui n’a jamais exposé ses photographies, qui ne les a même jamais vues, mais qui assemblait scrupuleusement, année après année, pellicule après pellicule, un édifice colossal quoique fragile, voué à rester quand il a pourtant failli disparaître, fait d’innombrables clichés, lesquels demeurent pour nous la trace posthume d’une vision sans équivalent. 
On sait très peu de choses sur cette femme, et ce malgré les enregistrements audio qu’elle réalisait obstinémentet qui nous donnent accès à sa voix, les films Super 8 qu’elle a accumulés, ou les milliers d’objets – coupures de journaux, tickets de métro, prospectus – qu’elle collectionnait. On ne sait d’elle que ce qu’elle a regardé. Avec Aurélie Edeline, nous avons partagé une bien légitime fascination pour cette figuresiatypique qui n’a, semble-t-il, pas œuvré à sa postérité, en dépit de quelques rares et menues tentatives pour découvrir son propre travail. Nous n’en sommes pas encore revenu-e-s de son autorité, de son charisme et de tous ces secrets, de même que nous ne cessons de nous émerveiller devant son œuvre, au contact de ses images qui disent de nous tous tout ce que nous croyons dissimuler aux autres. Nous avons désiré nous approcher de cette femme sans chercher à remplir les creux, sans vouloir résoudre les énigmes, sans même colorier les blancs de sa vie : ce sont ses replis et ses ombres qui nous hantent à présent et que nous souhaitons incarner, certain-e-s que le théâtre, éphémère et périssable, peut par la langue et le corps, inventer une figure jumelle, dire quelque chose de ce destin bouleversant qui ne semble se faire que par l’image, et rencontrer, à contre-courant du monde d’aujourd’hui, notre désir fondamental de nous fondre, disparaître, et ne pas être vu-es.

C’est donc un texte écrit pour Aurélie Edeline que je me propose de composer, avant de la suivre sur les planches usées de la vie lacunaire et fantasmatique de Vivian, accompagné-e-s par le chorégraphe et danseur Thierry Thieû Niang, qui nous aidera à concevoir le corps, les pas, les errances et les forces de cette femme insaisissable qui génère déjà toute une mythologie.

Aurélie Edeline et Guillaume Poix

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