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Peer Gynt

+ d'infos sur le texte de Henrik Ibsen
mise en scène Johanny Bert

:Présentation

L’histoire d’une épopée

Lorsque la pièce débute, Peer est un garçon plein d’orgueil et d’ambition qui refuse de se résigner à la pesanteur d’une vie paysanne toute tracée et, mû par un ardent désir d’« être soi », s’enfuit de la ferme maternelle pour conquérir le vaste monde.

Bien que lié à Solveg, Peer Gynt déshonore une jeune mariée en pleine fête nuptiale. Acculé à la fuite, il se lance dans une quête effrénée d’aventures qui le conduisent dans les montagnes où il rencontre trois filles des pâturages puis le Roi des trolls. Après avoir séduit sa fille, la Femme en vert, et s’être confronté sans succès à la devise « Suffis-toi toi-même », il reprend la route et revient chez sa mère, Åse, qui se meurt. On le retrouve vingt ans plus tard en Afrique, où il est devenu un riche marchand d’esclaves vivant dans la débauche.

Fantasque, rêveur, poète, il croise au cours de ce périple épique et fantastique une foule de personnages, comme le fondeur de boutons, et qui tous à leur manière abordent avec lui la question de l’identité : « Qu’est-ce qu’être soi-même ? ».

Tour à tour marginal, capitaliste, prophète, Peer Gynt traverse les époques et les sociétés.

Un poème dramatique

Ibsen s’inspire de contes populaires norvégiens pour créer un personnage-mythe, lui-même conteur et affabulateur que nous suivons à travers les âges. Peer Gynt dévoreur de temps, arrogant animal féroce, veut être roi et construire un empire. Ce désir d’ascension lui confère une énergie foudroyante et à travers des voyages épiques, il cherche son identité au creux des autres.

Ibsen écrit Peer Gynt comme un rêve fantastique, un « poème dramatique ». Ce poème je le lis comme un mouvement de la pensée qui se détache de tout réalisme, de tout conformisme : une énigme théâtrale à résoudre.

Nous sommes précipités dans la course chevauchante et effrénée de Peer. Ibsen écrit un poème-mouvement où tout est possible, où toute mise en forme de l’imaginaire, tout surgissement de la forme féconde son propre rayonnement et son propre rythme à l’expérience desquels nous sommes embarqués dans la métamorphose. Il semble que Peer écrive ce poème au fur et à mesure de la pièce. Il en construit son rythme, ses rimes et ses failles. Il est le poète nous guidant dans son esprit chaotique.

Une création pour 10 acteurs et formes marionnettiques

Mettre en scène Peer Gynt est une aventure audacieuse que je souhaite partager avec une équipe de dix acteurs. Dans la continuité de mes précédentes créations, humains et formes marionnettiques vont s’entremêler. Peer sera le démiurge-marionnettiste d’un petit peuple qu’il met en jeu et rejette selon ses désirs. Mais il sera aussi « l’être manipulé », dévoré pas son histoire et par la masse des ombres : les comédiens-manipulateurs seront les maîtres d’oeuvre de la pensée de Peer, jouant eux-mêmes les personnages ou à l’aide de corps délégués. Un théâtre de matière et de mots, nourri en amont de recherches plastiques, puis au plateau avec les acteurs.

Un espace de construction narrative

L’épopée et la langue d’Ibsen me permet de rêver à un spectacle pour grand plateau. Le plateau est nu. Tout est à vue (ou presque) et tout se construit et se déconstruit par les acteurs et techniciens au fur et à mesure des inventions et désirs de Peer dans une théâtralité affirmée. Morceaux de corps, costumes, prothèses marionnettiques, matériaux pouvant devenir des espaces éphémère : tout est là, disponible pour les acteurs et Peer Gynt comme des morceaux arrachés de son histoire.

Oser le rapport humain/pantin pour un grand plateau, en se jouant des échelles et des espaces, en réinterrogeant la tradition des marionnettes bunraku (grandes marionnettes manipulées à vue par trois acteurs) ou, selon l’axe des scènes, scruter à travers le regard de Peer de minuscules personnages repris en direct en vidéo. De l’immense à l’infime, le récit poétique sera au centre d’un questionnement contemporain, porté par une écriture foisonnante.

Une pièce que j’ai lu en entier, enfin, à trente ans, peut-être à un moment de ma vie ou j’ai d’avantage conscientisé que l’identité artistique pouvait se mêler à l’identité personnelle, à la fois de façon plus raisonnée et avec un désir plus fort de liberté et d’affirmation. J’ai lu cette pièce en redécouvrant Ibsen et ce conte philosophique profond sur l’identité, l’ascension, le « mentir-vrai » : véritable métaphore du théâtre. L’envie de partager avec les spectateurs une épopée dense pour que l’espace du théâtre demeure le lieu de la pensée active, de l’exploration du rêve concret.

Johanny Bert

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