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La Décénnie rouge (Mensch oder Schwein)

+ d'infos sur le texte de Michel Deutsch
mise en scène Michel Deutsch

:Présentation

Andreas Baader et Gudrun Ensslin sont jeunes et beaux. Ils aiment les grosses cylindrées, les armes à feu et ils s’aiment. Ils ressemblent aux acteurs de la Nouvelle Vague. Mais le fi lm qu’ils se jouent va tourner à la série noire, au polar en noir et rouge sang.
Ulrike Meinhof, la journaliste-star passée dans la clandestinité, tient le rôle de Sainte Thérèse. Hansel (Baader) et Gretel (Ensslin) jouent à Bonnie and Clyde. Une sorte d’avant-garde intransigeante et pure.
Pour la BBC, la RAF était la réponse allemande aux Rolling Stones. Ce qui est assez bien vu. Reste qu’en racontant l’histoire du groupe Baader- Meinhof on ne peut pas faire l’économie de ses victimes. Une dérive et dix ans d’histoire, c’est ce que je voudrais essayer de raconter.

Depuis quelques années, mon travail est tourné vers une mémoire du temps présent : creuser le présent pour lever les fantômes – les cadavres – qui l’habitent. Il s’agit encore d’un petit traité de hantologie. Mensch oder Schwein s’inscrit dans la suite de Müller-Factory[1].

Michel Deutsch


Mensch oder Schwein retrace le crescendo de violence et de radicalisation idéologique qui mit l’Allemagne à feu et à sang et occupa l’avant-scène des médias et de l’opinion publique pendant une décennie.
L’écriture de Michel Deutsch chemine sur la chronologie des événements et utilise des documents d’archives à la façon d’une enquête : coupures de presse, déclarations de la RAF, lettres privées de ses membres, extraits de journaux télévisés, etc.

Un « théâtre historique » ? Oui, mais sans pour autant renoncer à la fi ction. Les citations alternent avec les scènes dialoguées et la précision du matériau historique, loin d’entraver le récit, ancre les personnages dans une réalité partagée avec le public et met en relief leurs comportements et propos à la façon d’un contre-champ cinématographique.
Pour mener à bien cette ambitieuse entreprise, Michel Deutsch a réuni un riche et précieux matériel dramaturgique, scénique et sonore dont il usera (ou peut-être pas) dans l’élaboration de sa mise en scène. Documentaires, chansons «live», voix off, émissions radiophoniques (notamment l’enregistrement de cette même pièce par France Culture) et marionnettes accompagnent les cinq comédiens qui assurent, quant à eux… les quelques cinquante personnages de Mensch oder Schwein.
En effet, l’écrivain et metteur en scène a choisi une distribution qui, par son nombre réduit, vient contre-balancer l’apparence de « théâtrevérité ». Parce que les comédiens assument plusieurs rôles, parce qu’un personnage n’est pas forcément attribué à un seul comédien mais peut être pris en charge par plusieurs, la mise en scène réinstaure une distance fictionnelle et le plaisir inquiétant du mensonge théâtral.

Par l’abondance et la diversité des traitements dramaturgiques proposés, c’est à une plongée dans le kaléidoscope d’une histoire fragmentée et mouvante ainsi que d’un théâtre haut en contrastes que Mensch oder Schwein invite le spectateur.

Francine Wohnlich


“Nous vivons à l’heure du terrorisme et nous ignorons son histoire.” Mensch oder Schwein La Décennie Rouge est une plongée dans ce qu’on a pu appeler dans les années soixante-dix en Allemagne, “l’Allemagne en automne”.
Que s’est-il passé ? Pourquoi, en se radicalisant, une bande de jeunes gens issus du mouvement étudiant s’est-elle engagée dans la voie du terrorisme ? Pourquoi une partie des intellectuels et de la bourgeoisie de gauche les a t-elle soutenu ? Souvenons-nous : du milieu des années soixante à la fin des années soixante-dix il s’est développé dans la jeunesse des métropoles occidentales un vaste mouvement de contestation de la société libérale. L’intelligence était critique et la jeunesse luttait pour une autre société, une société plus égalitaire, plus libre, plus autonome. Ses rêves passaient par le “désir” de révolution.
On date la naissance de la RAF ( Rote Armee Fraktion), plus connue sous le nom de Groupe Baader-Meinhof ou Bande à Baader, du 22 mai 1970. Après le reflux de la révolte étudiante. L’Allemagne de l’Ouest, la République de Bonn, grâce au “miracle économique” était devenue la première Puissance d’Europe. “Un nain politique, un géant économique”.
Nombreux étaient ceux qui décrivaient la trop prospère République fédérale comme un protectorat américain. Le mouvement d’opposition extraparlementaire considère le terrorisme et la guérilla urbaine comme un moyen de défense contre “la tyrannie de la consommation”. Baader, Ensslin, Meinhof et leurs camarades décident d’engager la lutte contre l’impérialisme américain et contre les structures autoritaires de la société libérale. Ils veulent instruire le procès des pères accusés d’être, sans exception, d’anciens nazis. Ils se heurtent de front à l’Etat, ne reculant ni devant les attentats ni devant les assassinats ou les enlèvements, au nom d’une lutte sans merci contre le capitalisme, d’un combat que la gauche sociale-démocrate (SPD) a renoncé à mener. La RAF attaque l’impérialisme au cœur même de ses métropoles. Elle affirme que ce n’est plus le prolétariat allemand embourgeoisé mais elle, désormais, qui est le sujet révolutionnaire. Andreas Baader et Gudrun Ensslin sont jeunes et beaux. Ils aiment les grosses cylindrées, les armes à feu et ils s’aiment. Ils ressemblent aux acteurs des films de la Nouvelle Vague. Mais le film qu’ils se jouent va virer à la Série Noire, au polar en noir et rouge sang. Ulrike Meinhof, la journaliste star passée dans la clandestinité, est Sainte-Thérèse. Hansel (Baader) et Gretel (Ensslin) jouent à Bonnie & Clyde. Il serait faux de juger aujourd’hui les actions de la RAF à la lumière du 11 septembre 2001. Établir un parallèle entre les actions terroristes du Groupe Baader-Meinhof, qui se réclamait du marxisme, et le terrorisme islamiste serait absurde. Il ne s’agit pas pour autant d’idéaliser a posteriori, ou de légitimer le groupe Baader Meinhof. Celui-ci d’ailleurs est devenu objet d’exposition et de mode, au sens propre. Tel couturier italien n’hésitant pas à lancer une collection de mode à l’enseigne du Groupe ! Pour la BBC, la RAF était la réponse allemande aux Rolling Stones. Ce qui est assez bien vu. Ironie de l’Histoire, la RAF est rapatriée dans le Musée de l’Histoire Allemande. Reste qu’en racontant l’histoire du Groupe Baader- Meinhof on ne peut pas faire l’économie de ses victimes.

Michel Deutsch

Notes

[1] Création au Théâtre St-Gervais Genève en janvier 2005, puis à la MC93 de Bobigny (Paris) en février 2005.

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