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Mademoiselle Braun

+ d'infos sur le texte de Ulrich Hub traduit par Françoise Delrue
mise en scène Françoise Delrue

Mademoiselle Braun a pour héroïne l’éternelle fiancée cachée d’Adolphe Hitler dont le destin « tragique » fut de devenir, après des années d’abnégation, et 36 heures avant leur double suicide, l’épouse officielle du Führer.

La pièce est construite en une suite de scènes assez brèves telles les photos successives d’un album bien classé qui retrace, avec la perspective exclusive d’Eva Braun, le petit monde satellite d’Adolphe Hitler.
Chaque instantané a son style propre, les images se succèdent dans la logique historique du destin d’Eva, de sa dix-septième année à sa mort.
Les événements défilent dans l’instant, sans recul, sans analyse, sans sens critique, même si Eva tente de mettre en perspective son destin individuel avec l’histoire de l’Allemagne, la belle grande patrie, à laquelle elle s’identifie, à sa manière, dans le préambule.
La pièce restitue le pathétique état de fascination qui submerge l’héroïne et démontre simultanément comment l’Allemagne est tombée sous le charme.

C’est toutefois avec élégance et subtilité qu’Ulrich Hub manie l’identification : il confére à son héroïne le rôle de l’ingénue, plongée au cœur des événements, dont la naïveté de midinette dévoile et stigmatise les monstruosités de l’idéologie national-socialiste.

La pièce se place au-delà du monologue et du numéro d’acteur grâce à un second personnage, celui du chien - berger allemand - qui s’incarne dans de singulières didascalies, ritournelles de fin de scène, sans que l’auteur indique par ailleurs comment traiter le rôle.

Si on ne peut s’empêcher d’être renvoyé de façon anecdotique au chien favori de Hitler, cet animal-là vient perturber la vision univoque du personnage d’Eva. Incarnation de l’Allemagne, lui aussi, il décline une série de postures possibles face au mouvement de l’histoire.
Tantôt plongé dans l’indifférence du sommeil, tantôt animal de cirque, il fait un show à la limite de la provocation. S’il rappelle l’attitude des citoyens « Mitläufer », il collabore, quant à lui, jusqu’à l’écœurement.

Pour jouer de la distance par rapport aux événements, Ulrich Hub trace trois cercles critiques autour de son sujet :

celui d’Eva, personnage qui dénonce sans en avoir conscience.

celui du chien, ici et maintenant sur le plateau de théâtre, investi du rôle du choryphée, tantôt plongé dans l’action, tantôt extérieur et capable de porter un regard pertinent.

Et pour finir, le cercle élargi des spectateurs, qui prend de fait la place du chœur absent de la représentation, investi en même temps du statut de témoin d’une histoire pas encore bien refroidie .

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