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Les Bonnes

+ d'infos sur le texte de Jean Genet
mise en scène Chantal Nicolas

:Présentation

Deux bonnes, deux sœurs, Claire et Solange, tissent une machination contre l’amant de leur maîtresse, Monsieur. Celui-ci est emprisonné mais rapidement libéré. Claire et Solange craignant alors d’être démasquées décident soudain d’empoisonner leur maîtresse...

Note d’intention

« Ceci est un conte » nous dit à plusieurs reprises Jean Genet, dans Comment jouer les Bonnes. Aussi ce récit porte-t-il en lui une force émotionnelle puissante. Il s’agit ici d’une aventure puisée dans l’imaginaire de ces deux bonnes, nous sommes dans leur univers psychique, elles sont prisonnières de leur rite sacrificiel, tous les jours elles répètent les mêmes gestes, tous les jours elles réitèrent la mort de Madame, elles jouent au dominant, au dominé, au meurtre, à la bonté, au désir, à la fascination.
Sacrées ou non, ces bonnes sont des monstres.
Madame est l’ogre du conte. Dans ce drame on ne sait pas toujours qui manipule ni qui est manipulé. Il y aura de l’élégance et de l’extravagance dans le jeu de la comédienne Fanny Milcent, artiste aux multiples facettes, force de propositions.
Pour incarner le couple des bonnes, deux hommes : Philippe Ouzounian et Didier Marin, que je retrouve ici avec toute leur complicité de couple de scène. Je ne leur demande pas de surjouer la femme mais bien de rester eux-mêmes, avec leurs voix, sans manière et sans caricature.
Le théâtre réussit à donner voix aux images parce qu’il accomplit le mystère de l’Incarnation.

"Une âme est en peine à qui j’offre mon corps. Avec la même émotion, le comédien aborde le personnage, qu’il rendra visible (…). Une âme endormie espère un corps ; qu’il soit beau, celui qu’apporte pour un soir le comédien. Ce n’est pas une petite affaire. Nous exigeons la plus rare beauté et l’élégance pour ce corps chargé d’un soin terrible, pour ces gestes détruisant la mort et ce n’est pas trop que demander aux acteurs d’armer leur personnage jusqu’à la crainte. L’opération magique qu’ils accomplissent, c’est le mystère de l’incarnation."
Pompes funèbres (extrait)

La mise en scène

Septembre 2015 : après quatre semaines de diverses résidences de travail, après un mois de répétitions/constructions, voici où nous conduit le texte de Jean Genet.

Ici le conte sera présent, et la pièce sera abordée d’une façon onirique, par des images surréalistes, un travail sur la couleur grâce aux jeux des lumières. Dès le début dans cette longue scène du rite sacrificiel nous serons transportés sur un tapis de plastiques blancs transparents. Les meubles sont recouverts de ces mêmes plastiques, les Bonnes camouflent leurs pas et aussi leurs crachats. Sommes-nous dans une scène de crime ?
Cette scène nous emmène dès le début dans un univers fantastique et volontairement le jeu des comédiens nous trouble. Qui sont Claire, Solange, Madame ? A tout instant l’une est capable de se transformer en monstre/loup. Sans doute sommes-nous un soir de pleine lune, elle brille par la fenêtre, au centre de l’avant scène que nous symboliserons ici par un drap blanc posé au sol.
Un décor dépouillé et, au centre, les corps, présents, massifs, transpirants.

J’aime l’idée de retranscrire la réalité profonde des fantasmes en mêlant la violence, le macabre, le grotesque, en passant d’un monde lumineux à un univers nocturne où surgissent des pulsions refoulées.
Je profite des talents de chanteuse de l’artiste Fanny Milcent : Madame chante la nuit. Peut-être se travestit-elle le soir dans les cabarets ; elle aime les robes brillantes, elle aime qu’on l’admire, elle chante pour Monsieur l’éternel absent. Sa présence se fait par un système d’apparition et de disparition, elle est fantomatique. Pour suggérer cela, je compte m’inspirer du réalisateur David Lynch qui brouille les pistes et nous donne à voir des images inquiétantes et étranges.
Madame est peut-être pourvue de pouvoirs magiques et avec Solange qu’elle craint certainement, elle en use volontiers (Solange/homme est forte et son physique en impose), avec Claire, elle est plus douce et tactile, elle aime la caresser et l’embrasser et elle se laisse faire, (Claire/homme ne reste pas insensible) elle/il l’admire.
Ces Bonnes pourraient aussi avoir comme nom les invisibles - ne le sont-elles pas par leur condition, leur soumission. L’idée est que leur costume pourrait être identique à une tapisserie fleurie (dans l’œuvre de Jean Genet la fleur est très présente, il éprouve une sympathie profonde pour la fleur du genêt). Elles pourront se figer devant la tapisserie aux mêmes teintes que leur vêtement de bonne et ainsi disparaitre, idée reprise chez une artiste plasticienne Cécilia Parédès.

Devant la présence de Madame elles deviennent UNE. Identiques et invisibles, un même vêtement, une même coiffure (un bas noir roulé sur la tête à la façon des comédiens du jeu masqué, et bien sûr symbole du bas des bonnes dont elles parlent  « je n’en peux plus de mes bas noirs »)
Le travestissement, la transformation ne sont-ils pas propres au théâtre ?

Cette tapisserie s’ouvre sur le cabaret de Madame, dominé par la couleur rouge… le ventre du loup, le cabaret, la couleur dominante du conte…

La dernière scène verra son espace se réduire à la taille d’un drap blanc (drap de la fenêtre) symbolisant la chambre des bonnes, le suaire, le lit, la robe blanche…

A suivre….

« Loin de fuir le public, Genet l’a avidement recherché. En donnant voix par le théâtre à ceux qui sont muets, la légende s’affirme publiquement comme une machine de guerre. »
Jean Genet le poète travesti - Marie Redonnet

Chantal Nicolas, metteur en scène

septembre 2015

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