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Ce qui nous regarde

Myriam Marzouki (Conception)


:Présentation

Ecriture au plateau avec des extraits de textes de Virginie Despentes, Pier Paolo Pasolini, Alain Badiou, Patrick Boucheron, Mathieu Riboulet, Myriam Marzouki et Sébastien Lepotvin

Que voyons-nous quand nous regardons une femme voilée, aujourd’hui, en France ? À partir d’une mémoire familiale et en traversant l’Histoire, Myriam Marzouki - binationale franco-tunisienne, athée et féministe - tente « un théâtre à la fois documentaire et subjectif, visuel et poétique, qui interroge non pas le voile mais les regards que nous portons sur le voile. »
En travaillant sur « les formes qu’il déploie sur un corps, les images nouvelles qu’il produit, les mémoires qu’il convoque », elle aborde une question devenue sensible en France, soulève celle de l’émancipation féminine et de la monstration du corps. Se cacher n’est-il pas aussi se montrer ? Quel serait le signe visible d’une liberté choisie ? Myriam Marzouki opère un montage dramaturgique composé de matériaux iconographiques et textuels hétérogènes tissés à une écriture de plateau.
Dans un « théâtre des apparitions où les perceptions contemporaines reçoivent pour écho des réminiscences du passé », trois comédiens et un musicien incarnent les regards, les sens possibles, leurs convergences et leurs antagonismes. Ce qui nous regarde prolonge l’exploration des imaginaires contemporains menée par Myriam Marzouki depuis la création de sa compagnie : un théâtre politique en forme d’essai poétique, théâtral, chorégraphique et plastique, une tentative de déplacer les perspectives pour dépasser le dualisme.

Années 1940, deux femmes aux cheveux coiffés d’un tissu. Olga l’ukrainienne et Aziza la tunisienne, arrière-grand-mère et grand-mère de Myriam Marzouki. Des archives familiales surgissent de ces pays éloignés liés par l’histoire, des femmes portant foulards, chus, coiffes ou sefsari, des « femmes qui ont en commun [...] d’avoir dissimulé leurs cheveux comme une pratique [...] inscrite dans l’ordre des choses simples de l’existence ».
Travaillée par ce motif, ses convictions féministes et l’image actuelle de la « femme voilée » en France, la metteure en scène se sent intimement reliée à ces corps féminins qui se couvrent, d’une manière ou d’une autre. Au-delà du débat binaire, elle s’intéresse à l’objet et aux affects qu’il convoque.
Si le titre fait référence à l’essai de Georges Didi-Huberman, Ce que nous voyons, ce qui nous regarde paru en 1992, dans lequel il invite à aller au-delà de l’image, voir en quoi elle nous regarde « dedans », Myriam Marzouki s’inspire aussi de la pensée de Walter Benjamin pour qui un objet a une « aura » lorsqu’il déclenche des imaginaires forts, sédimentés avec le temps. Pour la première fois, l’artiste ne part pas d’un texte d’auteur vivant mais d’un travail de montage et d’écriture collective et fait entendre des extraits de L’Épître aux Corinthiens de Saint-Paul (premier écrit monothéiste reliant le voile des femmes à leur relation à Dieu), du dernier roman Vernon Subutex de Virginie Despentes où une jeune française musulmane décide de porter le voile en opposition à l’éducation laïque transmise par son père, de La Rage (La Rabbia) poème lmique et politique de 1963 dans lequel Pasolini critique la normalité comme assoupissement, du très récent Prendre dates de Patrick Boucheron et Mathieu Riboulet, traduisant « la montée des périls » au lendemain du 7 janvier 2015. Sur deux écrans, se projettent des images empruntant à la peinture classique occidentale, à la photographie contemporaine, aux archives politiques et aux témoignages actuels.
Partant d’un prologue intime, le récit opère par glissements et engage la sensualité des corps dans un jeu chorégraphié par Magali Caillet-Gajan, sur la partition électro du franco-libanais Wael Koudaih alias Rayess Bek. « L’acteur sera aussi bien porteur d’une parole poétique dans ce qu’elle engage comme imaginaire musical et visuel que d’une parole politique qui s’appuie sur l’histoire et s’affronte au présent ». Avec sensibilité, et humour aussi, Myriam Marzouki « cherche à créer un spectacle dont le sens sera ouvert, vers la libre interprétation, multiple et contradictoire ».

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