Une composition hybride mettant à l’honneur la musicalité de la langue de Baldwin
Le prochaine fois, le feu est une composition théâtrale volontairement hybride où la parole, la musique, le chant et des éléments plus actuels comme le DJing et la création vidéo, forment une unité et agissent de concert, tout en restant dans une économie de moyens. L’urgence du discours de Baldwin se meut dans une forme où instruments et voix se répondent, aux confins d’un univers musical et d’une esthétique héritière de la culture noire américaine – spirituals, soul music, éléments hiphop - mais intégrant aussi des éléments plus inattendus - mélopées africaines, parole actuelle slammée, jazz intriguant. Un travail où des éléments presque archaïques (narration, choralité, percussions corporelles) et plus actuels (inspirés des cultures urbaines) se côtoient. Il ne s’agissait pas pour l’équipe artistique de « reconstituer » l’univers musical ou l’esthétique de l’époque de Baldwin, mais plutôt de réécouter Baldwin aujourd’hui, et de le faire entendre avec les moyens d’une équipe actuelle et cosmopolite, évoquant la réalité des villes actuelles. Ce travail de Rosa Gasquet s’inscrit dans la poursuite d’une recherche déjà esquissée dans sa précédente mise en scène, Bintou, de Koffi Kwahulé.
Une forme « montage » et chorale du récit
L’adaptation du texte réalisée par Manuel Pereira et la mise en scène de Rosa Gasquet accentuent volontairement la sensation de «montage cut », réalisant des ellipses et des
collisions, tout en préservant le fil rouge de la pensée de Baldwin.
La parole est volontairement « chorale », tout le texte n’est pas porté par un unique narrateur. Même si la partition confiée à Dorcy Rugamba assume une forme de fil rouge,
Cheikh Sall et Cléo, ainsi que Inno De Sadjo et DJ Aral (pour la partie musicale), se répondent pour recréer la parole de Baldwin. Cléo et Cheikh assument par ailleurs d’autres
personnages présents dans le récit : une femme prêcheur, un jeune prédicateur, un homme du ghetto.
La pièce repose également sur le principe des deux Baldwin. Le récit de l’écrivain est pour une grande partie une narration au passé où il raconte son adolescence à Harlem et ses
années de prêche ; d’où le choix d’un couple narrateur-acteur : Dorcy Rugamba assumant le narrateur de l’histoire, en quelque sorte le Baldwin-écrivain plus âgé et
Cheikh Sall, l’homme plus jeune.