« Chez Job. Fin de banquet. Repus, les convives sont affalés autour de la table recouverte des reliefs du festin. ». C’est par cette didascalie que débute la pièce d’Hanokh Levin.
L’histoire ?
Un homme, Job, digère dans une fin de banquet où l’opulence et la richesse se côtoient. Les mendiants succèdent aux mendiants pour se partager ce qui reste des restes. C’est
alors qu’intervient, en une suite ininterrompue et implacable, une série de messagers de la misère qui vont annoncer à Job qu’il a perdu toutes ses richesses.
Les huissiers se chargent d’enlever à Job tout ce qui peut lui rester… jusqu’à ses dents en or.
Les retombées du travail d’une vie s’évanouissent en une nuit.
Si la main qui a pu nourrir ses enfants ne peut plus fournir le pain, elle peut au moins se montrer aimante… Hélas pour Job, ce sont les messagers de la mort qui se chargent de
lui enlever toute possibilité de descendance…
Reste la santé… Jusqu’à ces démangeaisons terribles (la gale ? la peste ?) qui se chargent de le laisser nu, sans vêtements, nu comme sorti du ventre de sa mère.
L’histoire peut alors recommencer.
Levin peut ainsi se détourner de la fable originelle, redonner le pouvoir à l’armée, faire encore plus de mal à Job, poser un état de non droit et même nous emmener au
cirque…
Et Dieu dans tout ça ?
Écrite en 1981, Les Souffrances de Job appartient au cycle des pièces mythologiques.
Dans cette pièce, Levin se tourne vers le mythe de Job pour donner à son argument dramatique une forme métaphorique et théâtrale et tenter de créer une tragédie moderne.
Il nous renvoie l’image d’un monde qui accepte l’inacceptable. Un monde où il n’y a pas de Dieu et où l’humanité n’a que de vaines paroles à offrir face à l’injustice.
Sa pièce pose la question de savoir si la souffrance du Juste doit faire douter de l’ordre universel.
Jamais sans doute la pensée de Levin n’aura été aussi loin dans son audace.
Jamais l’affirmation de l’homme n’aura été portée aussi loin.
Laurent Brethome