Après son Médecin malgré lui ultra créolé, Ahmed Madani s’adresse au jeune public dans un poème d’amour à composer entre les générations. Le texte ludique et cocasse parle de
l’usure du temps avec allégresse. Un petit cirque facétieux au décor en chausse-trappe qui oscille entre rêve et réalité.
Ahmed Madani a créé cette oeuvre pour les jeunes, afin qu’ils ne perdent pas le sens de la filiation. Avec un plaisir gourmand, l’auteur s’est amusé à duper le spectateur en lui
donnant l’illusion de la jeunesse au coeur de la vieillesse.
Sur scène, l’extraordinaire trapéziste Miss Saltarella et la merveilleuse funambule Melle Lévitos se souviennent… Elles étaient les artistes préférées du directeur du
cirque Ernesto. Yvonne et Marie-Louise, devenues vieilles dames fantasques, sont encore des gamines malicieuses qui, dans leur ultime tour de piste,font un pied de nez magistral
à la mort. Deux comédiennes font vivre ces personnages étonnants. Sans grimage ni postiche, elles jouent parées de toute leur sensibilité.
Les portes de l’armoire s’ouvrent doucement et, l’une après l’autre, deux très vieilles dames apparaissent… C’est le petit matin, la pluie de poussière qui est tombée durant
toute la nuit dans le petit appartement d’Yvonne et de Marie- Louise s’est arrêtée. La journée commence par le nettoyage frénétique de l’appartement, avant que ne s’enchaînent
les actes d’une vie quotidienne réglée au cordeau. Mais les apparences sont trompeuses car les conflits et les peurs du passé hantent le présent et agissent sournoisement pour
foudroyer la sérénité qui sied au grand âge de nos héroïnes.
C’était il y a si longtemps déjà, et le souvenir de ce jour où Ernest, directeur du Cirque Ernesto, a proposé à ses deux artistes préférées, « l’extraordinaire et
inoubliable trapéziste, Miss Saltarella et à la merveilleuse funambule Mademoiselle Lévitos » de prendre un peu de repos en attendant son retour, est marqué d’une pierre
blanche. Docilement, elles ont accepté leur mise à l’écart et, depuis, n’ont jamais manqué au rituel de la préparation de la soupe aux lardons pour célébrer le retour
d’Ernest.
C’est sûr, ce soir, Ernest reviendra et la vérité éclatera enfin au grand jour car il désignera la préférée de son coeur, l’emmènera avec lui et abandonnera l’autre à
jamais…
Dans cet endroit retiré du monde, le temps a suspendu son vol et lorsque les étranges pluies de poussières surviennent, l’armoire devient le seul refuge possible. La poussière,
comme un voile qui embrume, qui enivre et fascine, qui délie les souvenirs, s’amasse chaque jour un peu plus et devient prétexte au déchaînement des passions, aux règlements de
compte, aux défis acrobatiques les plus insensés, à la violence la plus crue mais aussi à la tendresse, à l’amour et à la lutte acharnée contre la mort qui projette son ombre
comme l’aile noire du corbeau…