L’écriture de Jean Luc Lagarce est totalement emprunte de cette dualité : une volonté de "mettre en forme", d’"exprimer", "dire", "décrire" ce qui nous traverse et de
transmettre dans le même temps l’empêchement de pouvoir le faire. "Faire l’effort" c’est aussi prendre le risque d’avouer une certaine impuissance. Mais ce constat n’est pas un
échec. Si la parole et l’expression révèlent aussi le manque, elle est notre seul recours pour pouvoir entrer en contact. Elle est notre seule possibilité, malgré tout, d’avancer
(ensemble).
Chez Lagarce, la musicalité de la langue témoigne de cet écart. "Comment se faire comprendre", l’avancée est laborieuse, elle piétine, elle essaie, elle tente et plus l’exercice
est sérieusement mené, plus la langue échappe, s’enfuit, s’enlise. Il faut pouvoir donner à entendre cela : cet "effort", ces "ratages" et dans le même temps, cette
"volonté".
Ce travail peut s'apparenter à celui du chant. Être attentif au rythme et aux sonorités est essentiel pour aborder cette langue et que le sens parvienne.
Elisabeth Hölzle