La publication de "Marat-Sade" en 1964 fit mondialement connaître Peter Weiss. En partant de l'internement de Sade à Charenton (où il organisait les festivités), Peter Weiss
imagine une soirée où Sade jouerait et mettrait en scène une pièce sur la Révolution et l'assassinat de Marat. C'est avant tout une mise en abîme du théâtre : les comédiens
jouent des internés qui jouent les personnages de la pièce devant les spectateurs de 1809 qui venaient "s'encanailler" aux soirées de Charenton.
Peter Weiss fait jouer les personnages historiques à des internés aux pathologies différentes : paranoïa, léthargie chronique, érotomanie, asociaux en voie de guérison…
Weiss avec ce subterfuge de Sade orchestrateur du spectacle propose un théâtre de délivrance détaché des règles classiques de représentation. Son texte, tout en étant très
rigoureux et versifié, permet d'aborder tous les registres de jeu : comique au tragique, grotesque, chant, récitatif… Évidemment tout ne se passe pas comme prévu, les
scènes peuvent dégénérer et les propos tenus devenir subversifs sans doute par la volonté provocatrice de Sade. Cette confrontation à la fois grave et drolatique entre Sade et
Marat permet à Weiss de nous interroger sur la liberté et le pouvoir de la Révolution à nos jours. Il décortique ainsi les thèmes Sadiens de la liberté individuelle et
d'expression, du phantasme et de l'écriture. Il explore avec Marat les pouvoirs érigés en systèmes au nom des idées nobles de liberté des peuples. Et si les conclusions de Weiss
sont amères, elles sont aussi nécessaires et nous poussent à inventer une utopie théâtrale, une révolution symbolique, un final où libérer corps et esprit, avec l'idée
persistante qu'il serait grand temps d'en faire de même dans nos vies !
Production : Cie Arène Théâtre
© J.-O. Badia/Le Clou