Dans l’espace métaphorique de la gare, Denise Bonal braque son objectif sur des situations drolatiques, pathétiques, à vif. Ces instantanés saisis avec justesse et lucidité
révèlent les failles les plus secrètes de ses personnages. Chacun dessine une facette singulière qui, mêlée aux autres, participe du portrait terriblement ressemblant de notre
humanité. Denise Bonal, dans un style d’une précision qui n’exclut pas la poésie, nous donne à voir le monde - du plus privé au plus universel - engagé dans sa course dérisoire
contre le temps. Le train n’attend pas.
Ce matériau - théâtral par essence - comporte les contradictions de la vie elle-même : l’intense circulation de personnages anonymes contenant, isolée, l’intimité
d’individus dans leur histoire particulière. Les sons incessants d’une gare avec ses annonces dont le détail échappe le plus souvent à l’oreille et, au premier plan, les
silences et les mots de personnages en situation sensible.
L’art, le théâtre ne luttent pas avec la vie. Ils y puisent et ordonnent différemment les éléments captés par le regard de l’artiste. A partir de l’écriture de Denise Bonal et
des séquences qu’elle propose, c’est maintenant au metteur en scène - en connivence avec la scénographe, le musicien, l’éclairagiste, l’ingénieur du son - de composer l’écriture
scénique qui va prolonger l’écriture littéraire et la donner à vivre à ceux chargés de l’incarner : les acteurs. Avec ce sujet, le Théâtre du Barouf, retrouve son
territoire favori : celui, intangible, où l’architecture secrète du spectacle s’équilibre dans un ordre musical. Hors de toute anecdote superflue, il s’agit ici de faire
exister des parcours croisés dont le rythme relève d’une chorégraphie plus suggérée que visible et ce dans un espace épuré dans lequel le spectateur peut projeter son propre
imaginaire. A ce stade de la préparation les lignes sont tracées, l’essentiel est devant nous. Le rêve commence.
Gilles Guillot