Dans cette comédie, deux équipes de football professionnelles s’affrontent. Les joueurs observent différents schémas tactiques proposés par l’entraîneur, sous les conseils d’un
préparateur psychologique, veillant à la solidité du mental de l’équipe. Monod, joueur en fin de carrière souffre d’un manque de reconnaissance et de réussite. Fauché par un
défenseur brutal, il veut obtenir réparation.
Le coeur de la pièce est un moment dilaté : le coup franc doit être tiré, mais on ne sait encore quel sera le tireur : le joueur habituellement désigné, Granger,
esprit toujours et absolument positif, ou Monod dont l’âme souffre. Dans ce laps de temps, se joue l’autre partie. Une scène intérieure, un terrain mental, recouvre le terrain
de jeu. Nous sommes alors dans la tête de cet homme qui veut convaincre, et se convaincre, qu’il n’a pas tout manqué, qu’il peut marquer ce but.
Autrefois, il promettait. Il fut question d’un transfert à Milan, un des clubs les plus prestigieux. Mais Monod n’a pas confirmé. Avait-il seulement le potentiel ? Son entraîneur de toujours, Ménard, le crut jadis, espéra, attendit, se découragea, n’en parla plus, le maintint toutefois dans l’équipe, jusqu’à ce jour d’hiver, programmé pour être son dernier match. Monod est resté au club de Breville, au même poste de milieu défensif, sans gloire ni perspective. Sa femme et son fils suivent la partie à la télévision. Cécile n’a plus guère d’illusion. Paolo, le petit Monod, très anxieux, supporte son père vaille que vaille.
Et si l’artiste, à l’instant de tirer ce coup-franc, en lui se réveillait ?
Après avoir propagé le doute dans les cerveaux des joueurs de son équipe, après s’être plié sans succès aux exercices de sophrologie du préparateur mental Janin, Monod, éclairé
par les propos du gardien de but adverse, connaît l’espoir d’une transfiguration, et tire enfin au but.
Dans l’équipe adverse, il n’y a pas de sophrologue. La défense est solide, virile, impitoyable, emmenée par son chef Fortin, dynamisée par son terrible hongrois Mazryk, et
néanmoins fragilisée par le trop sensible Vautier, qui perçoit immédiatement, qui « voit » même, la puissance négative de Monod. « Dans le football, il y a
deux choses, — dit le sophrologue Janin — il y a le système, et il y a l’artiste. Le système, on le construit, on l’inculque. L’artiste, non. L’artiste surgit. Le système doit
être prêt à accueillir l’artiste, à tout moment. Bien qu’il soit possible qu’il ne surgisse jamais… »
Voilà peut-être un enjeu digne de ce nom pour notre comédie, fantaisie footballistique certes, mais qui entend ne pas s’adresser qu’aux amateurs du ballon rond. Lesquels ne verront guère celui-ci.
Denis Podalydès
Production : Maison de la Culture d'Amiens
Coproduction Théâtre du Rond-Point