Le naufrage a été total.
Et d’une simplicité absolue. Tu sais pourquoi? Il n’y a pas eu de tempête.
Pas de lutte, de résistance.
Aucune manoeuvre d’expertise de la marine.
Aucun appel de capitaine.
Aucune alerte. Aucune alarme.
Il n’y a pas eu de soulèvement de vague.
Rien qui concernât la mer.
La mer est innocente.
Inspiration — Silence
Lina Prosa, Lampedusa Beach
Lampedusa Beach raconte le péril d’un bateau passeur chargé d’exilés qui se dirige de l’Afrique vers la petite île de Lampedusa, au sud de la Sicile.Il n’atteindra pas
son but.
Shauba, une jeune fille africaine se noie, comme tous les autres passagers.
Elle coule, parle en se noyant et meurt. Le temps de la chute, l’espace de quelques secondes, elle découvre, observe et analyse tout ce qui lui arrive. Elle prend le temps de
mesurer ses propres forces, vérifie les équations physiques basiques de tout corps plongé dans un liquide, s’attriste des modifications rapides de sa perception du monde mais
parfois s’en amuse, et dans une naïveté inouïe continue à revendiquer sa dignité d’africaine.
Le récit vient en colonne, verticalement. Il plonge dans notre temps et recueille les désastres des odyssées modernes. Mais les mots en chute libre disent bien plus que le drame
des clandestins. Lampedusa Beach c’est aussi l'histoire d’un corps qui lutte et qui résiste. C’est un chant, un poème épique, drôle, héroïque et d’une vitalité absolue.
Au seuil de la mort, au fond de la Méditerranée, quelqu’un parle et chante encore…
Trois acteurs pour dire le naufrage et cette descente sensible et bouleversante de Shauba au fond de la mer.
Une actrice qui connaît l’apnée et qui sait administrer son oxygène pulmonaire suffisamment pour devenir sur scène une exilée africaine morte, noyée au fond de la Méditerranée non
loin de la plage de Lampedusa.
Plus loin, deux acteurs observent l’actrice faire son cirque. Présences silencieuses, parfois ils l’accompagnent dans ses dérives. Parfois ils deviennent dieux ou monstres, des
sirènes sans doute, habitants mystérieux des mers, serviteurs discrets de plateau, pour gérer les forces, les mouvements, la masse écrasante de l’eau.
Ce texte fut écrit l'été 2004 par Lina Prosa, co-directrice avec Anna Barbera du Centro Amazzone à Palerme. Ce centre est un laboratoire multidisciplinaire associant réflexion,
recherche et création sur le Mythe, la Science et le Théâtre en affirmant trois lignes de forces : la prévention du cancer du sein et le soutien de la maladie, un espace
culturel scientifique Marie Curie, et un laboratoire théâtral permanent Teatro studio Attrice/Non.
Marie Vayssière