Québec, quartier chinois. Deux gamines s’ennuient au coeur des années trente, elles grattent le sol. Elles rêvent d’un Orient de couleurs, de chimères, d’aventures. « Si tu
creuses encore tu vas sûrement trouver des morceaux de porcelaine et du jade, et les fondations des maisons des Chinois, et si tu creuses encore plus loin tu vas te retrouver en
Chine. » Douze ans, inséparables, Françoise et Jeanne s’inventent un voyage fabuleux depuis une boîte à chaussures. Devant elles s’ouvrent les portes du Levant, terre de Tintin et
du Lotus bleu, d’Hiroshima et de Mao, d’un yin et d’un yang traversés de pousse-pousse.
Entre la chorégraphie du taï chi et les étreintes du tango, les héroïnes de La Trilogie des dragons parcourent près d’un siècle d’une mythologie de
pacotille (l’histoire se déroule entre 1910 et 1985) entrée en collision avec les drames de l’Histoire. Le Chinatown québécois se fait la toile de fond d’un Dragon vert et printanier ; dragon d’innocence. Le quartier asiatique et prospère de Toronto devient le décor du Dragon
rouge, emblème de la terre et du feu. Le Dragon blanc, le « renaissant », évolue dans le florissant quartier chinois de Vancouver, années
quatre-vingt.
En trois volets et près de six heures d’un spectacle total, les dragons entraînent avec eux une foule de tableaux où les objets et la magie, les corps et la parole, la danse et le
théâtre s’allient dans une fastueuse épopée poétique. Créée en 1985 à Québec pour les deux premiers Dragons, puis en 1987 à Montréal dans la version intégrale, La Trilogie des dragons, Grand Prix du Festival de théâtre des Amériques, imposait le Canadien Robert Lepage comme une figure novatrice de la scène
internationale.
Son art singulier associe une approche traditionnelle du conte et une recherche expérimentale où les technologies nouvelles se mêlent à la machinerie scénique. Cinéaste, auteur,
acteur, scénographe, inventeur de formes, Robert Lepage fait appel à des collaborateurs asiatiques, à une nouvelle génération d’interprètes pour enrichir encore son langage
théâtral dans la nouvelle version de son oeuvre magistrale.
Pierre Notte