Luc Bondy plonge dans la cascade des surprises amoureuses de Marivaux pour explorer avec fascination le labyrinthe des relations humaines.
Marivaux et Bondy ont en commun le goût immodéré du voyage.Non pas celui qui conduirait vers des rivages vierges, mais celui qui explore l’univers si complexe des relations
humaines. Le premier, pour outil, avait évidemment la langue française. Des romans et des pièces de théâtre (33 pour être précis) attestent de son insatiable curiosité. Le
second, en artiste de son temps, jongle avec l’art dramatique, le cinéma, l’opéra, l’écriture, mais son activité polymorphe ne brouille jamais les traits conducteurs de son
travail. Il cultive la mise en jeu, où scène et vie se marient, tente de fugaces élucidations du monde sans jamais imposer de réponse, excelle dans les signes impalpables,
immatériels, comme si la fragilité de toute chose, et de l’existence d’abord, était une des rares certitudes sur laquelle s’appuyer. (…)
La pièce s’ouvre par les soupirs d’une dame affligée. La Marquise est veuve depuis peu : « Il n’y a plus de consolation pour moi » affirme-t-elle à sa
domestique effarée. Comme par un fait exprès, Le Chevalier a aussi perdu son amour. Angélique, recluse au couvent pour empêcher un mariage forcé, ne sera jamais sienne et
l’honnête homme entend « se confiner dans le fond de sa province, pour y finir une vie qui lui est à charge ». Mis en présence l’un de l’autre pour un motif quasi
anodin, les deux êtres se découvrent, « reconnaissent » leur douleur (des siècles plus tard, Georges Bataille parlera de la « communication par la
blessure »…). Et là, très exactement, surgit une question qui semble avoir passionné Marivaux : comment naît l’amour ? Oui, comment à partir d’une amitié, certes
vite qualifiée de « dangereuse », Cupidon parvient-il à ficher sa flèche ?
René Zahnd
NTA
Coproduction Théâtre Nanterre-Amandiers, NTA, MC2:, Wiener Festwochen, RuhrTriennale, Théâtre Vidy-Lausanne, Théâtre de Caen
© Pascal Béjean & Florence Lebert