Prise de fonction fastidieuse pour De Caro (Alain Fromager), le nouveau préfet d’une ville de province : à peine arrivé au petit matin, il est sollicité par la directrice d’une troupe de théâtre itinérante, Orestia Campese (Clotilde Mollet), dont la « Baraque » a brûlé. Entre le dépositaire du pouvoir et l’artiste, la conversation vire à la joute rhétorique puis à la prise de bec. En guise de cordiales représailles, Campese prévient que ses comédiens pourraient bien prendre les traits des notables qui passeront exposer leurs problèmes dans la journée… Gagné par le doute, le Préfet voit alors se succéder dans son bureau des personnages “plus vrais que nature”, qu’il suspecte tous de se jouer de lui.
Dans L’Art de la Comédie, Eduardo de Filippo compose magistralement une grande comédie, un classique du XXème siècle révélant les rapports complexes entre l’art et le pouvoir, l’illusion de la représentation, la nature trouble du comédien, la puissance de l’inconscient… Questions que Philippe Berling, amoureux des comédies, aborde de façon ludique. Sa mise en scène résonne de chansons napolitaines interprétées par les neuf acteurs et musiciens de la troupe, embarquant le texte mordant d’Eduardo de Fillipo dans une jubilation permanente. Chaque élément contribue ainsi à huiler la mécanique implacable de cette farce à la morale aussi déroutante qu’édifiante : tout ce dont nous sommes témoins est-il réel et de quelle comédie sommes-nous le jeu ?
Production : Théâtre Liberté
© Renaud Perrin