" J'aime mes personnages même s'ils sont parfois maladroits. Aucun n'est jamais mauvais en soi. Les êtres humains n'ont pas un caractère défini… Ce n'est pas notre identité
mais nos relations qui mènent nos vies. Et il n'y a pas d'autres formes d'art que le théâtre qui permettent de représenter ce jeu de la communauté humaine. "
Jon Fosse
Une femme et un homme se rencontrent, de temps à autre dans une ville où l'homme est en déplacement professionnel. D'abord dans un parc, puis dans une chambre d'hôtel, chaque
fois à peu près le même rituel. Une liaison provisoire, à tout moment menacée d'une fin abrupte ou d'un bouleversement radical, elle balance le long d'un gouffre qu'on voudrait
voir disparaître. Ce ne sont pas les gens extraordinaires qui peuplent les pièces de Jon Fosse ; ils sont banals et ne se font que rarement remarquer par des actions
spectaculaires. Et pourtant ils savent créer cette tension qui fait qu'une habitude, un incident quotidien devient un événement dramatique. Une écriture minimaliste, dense,
proche de la poésie qui dit en quelques syllabes, les relations ou l'absence de relations entre les gens. Les pièces de Fosse dégagent une lumière. Une lumière très particulière
qui rappelle celle des peintres scandinaves, Munch par exemple. Une lumière blafarde comme à l'occasion d'une éclipse de soleil, qui, néanmoins, fait clairement apparaître les
contours des personnages et des objets. Le nombre de personnages n'est jamais élevé, deux, trois tout au plus quatre se rassemblent sur scène. La concentration augmente, la
perception est plus aigüe puisqu'un autre phénomène s'ajoute : la dimension du temps. Le temps semble ralenti, le langage simple et répétitif fait ressortir la solitude
hantée des humains. Des instants de grandes émotions, où l'auteur atteint le but qu'il s'est fixé : créer des moments où un ange est en train de passer sur scène.
D’après l’Arche Editeur
Coproduction Espace Soutine - Leves, Théâtre du Chêne Chenu