D’abord, il y a des panneaux lumineux sur lesquels défilent des mots, un mur de phrases rouges qui s’anime. Apparaît ensuite une très jeune femme. Jeans, tee-shirt et paire de
Gola. Micro HF à la bouche, elle prête son corps frêle et sa voix grave à « l’histoire de David », le chapitre II du texte de Dennis Cooper,
Closer.
Ce roman intense, découpé en huit chapitres indépendants, propose une descente hallucinée dans les obsessions de l’Amérique contemporaine où tout repère semble aboli.
Ici, David est un adolescent perdu entre ses identités publiques, intimes, sociales et sexuelles. Un jeune chanteur célèbre « star-ac-nouvelle-star » aussi
violent et tourmenté intérieurement que son vernis est lisse, propre et souriant. Avec sa voix amplifiée et diffusée tout autour du public, ilelle semble chuchoter sans pudeur à
l’oreille du spectateur plongé dans la boîte noire de l’intérieur de son crâne. Le malaise contamine.
Le récit de l’adolescent se déroule, dévoile un univers glaçant et fait vite perdre ses repères au spectateur. On ne sait plus qui est David, un jeune homme, un garçon joué par
une très jeune fille à demi nue. L’enfant à la sexualité crue porte un regard extrêmement brutal sur lui-même et ses contemporains.
Avec ce nouvel opus, David Bobee reste fidèle aux écritures contemporaines et dresse un portrait à la fois terrifiant et fascinant de l’individu, noyé, perdu dans le vide
sociopolitique actuel.