Frank, 38 ans, et Katarina, 36 ans, s’aiment et ne peuvent plus se supporter. «Ou je te tue ou tu me tues, ou on se sépare ou on continue comme ça. Choisis !» Comme
des sismographes émotionnels, leurs corps tremblent dès qu’ils s’effleurent, se heurtent aux murs et aux meubles, prêts à laisser surgir la violence ou le désir, parfois les
deux. Ce soir-là, alors que Frank rentre enfin, Katarina prend une douche. En tendant la main pour attraper son peignoir, elle fait tomber un verre, puis la tablette sous le
miroir. La salle de bain est aussitôt jonchée d’éclats coupants. Trois ans plus tôt, elle avait déjà cassé la plaque de verre au-dessus du bac à légumes dans le frigo. Frank,
qui remet cette vieille histoire sur le tapis, a «peut-être oublié, mais pas pardonné». Dans un sac en plastique qu’il a déposé dans l’entrée, une urne contient les cendres
de sa mère… Comment occuper cette soirée qui ne fait que commencer ?
En invitant les voisins du dessous – Jenna, qui a l’âge de Katarina, et Tomas, qui a un an de moins que Frank – pour en faire les spectateurs, les complices, les victimes
horrifiées ou consentantes, d’un règlement de comptes sans fin, sans espoir, toujours plus incohérent et à l’humour toujours plus noir à mesure que l’alcool imprègne les
esprits… Jenna, la mère si prudente qu’elle laisse le téléphone décroché auprès de son fils qui dort quelques étages plus bas, ne peut encore se douter – pas plus que les
spectateurs – à quels extrêmes cette dérive d’un soir va tous les conduire : à mesure que s’affolent les jeux cruels de la séduction tandis qu’états de conscience et
d’inconscience achèvent de se confondre, on sent que la démence se met à poindre sous l’ivresse, mais qu’elle révèle peut-être, par-delà toutes les transgressions, une
confondante sincérité.
Production : Schaubühne am Lehniner Platz
© Arno Declair