En peu de temps, Spiro Scimone est devenu un auteur de premier plan parmi la nouvelle génération théâtrale italienne. De jeunes compagnies en Europe s’emparent de cette écriture conçue pour jouer. Après avoir accompagné pendant plusieurs années la Compagnia Scimone /Sframeli, le théâtre Garonne a voulu mettre à l’honneur une oeuvre intense pour son humanité, en présentant l’intégralité de son répertoire.
L’auteur Spiro Scimone est aussi acteur, dans la grande tradition italienne, de Dario Fo ou Eduardo De Filippo. Il s’est mis à écrire non par besoin, mais
dit-il : « pour imaginer une partition à jouer, un matériau dont se saisissent le corps, l’âme et la voix afin de la transformer en langue de théâtre ». Son
complice de toujours, Francesco Sframeli, interprète de toutes les pièces et metteur en scène de la dernière, La Busta, l’accompagne depuis l’enfance, en Sicile.
Ils sont nés tous deux en 1964, à Messine, ville portuaire industrielle du Nord-ouest de la Sicile, et ont étudié ensemble l’art dramatique à Milan avant de rencontrer le
metteur en scène Carlo Cecchi au Teatro Garibaldi à Palerme. Spiro et Francesco jouent dans sa trilogie Shakespeare al Teatro Garibaldi composée de Amleto,
Sogno di una notte di…et Misura per Misura, (novembre 1999 au théâtre Garonne).
En 1990, ils fondent ensemble la compagnie qui porte leur nom et Spiro Scimone se met à écrire pour leur duo. Séduit par l’écriture théâtrale acérée des dialogues écrits en
dialecte sicilien de Messine, Carlo Cecchi met en scène Nunzio. Avec cette première pièce composée avant l’âge de trente ans, Spiro Scimone reçoit les plus hautes
distinctions théâtrales italiennes : le prix IDI de « nouvel auteur » et la médaille d’or IDI pour la dramaturgie ; en 1994, il reçoit le prix
spécial UBU. Due Amici, l’adaptation au cinéma de Nunzio, reçevra le prix du meilleur premier film lors de la Biennale de Venise en 2002.
Après Bar (1996), écrit en sicilien, nouvelle variation sur le thème de l’amitié, Spiro Scimone choisit l’italien pour La Festa (La Fête), créée en
2000 - et pour Il Cortile (La Cour), en 2004 : « Je ressentais le besoin d’éprouver la musicalité d’une autre langue. Le son du sicilien est
grave, profond, fermé, percussif et métallique. La langue italienne est moins heurtée, mais permet le même genre de rythmique. »
Dans sa dernière pièce, La Busta (L’Enveloppe), en italien, créée en 2006, Scimone change de registre pour exprimer une inquiétude, une violence sourde plus
proche de Kafka.
Le théâtre de Spiro Scimone est aujourd’hui traduit dans plusieurs langues ; en France, la Comédie Française a présenté La Festa en 2007, dans une mise en scène de
Galin Stoev.
Scimone aime fouiller dans l’intimité des êtres, découvrir les liens qui les unissent. Il s’agit par le langage, les silences, l’interprétation, de porter sur scène
l’expression de sentiments profonds, existentiels, qui côtoient sans cesse le tragique.
Evelyne Donnarel, Cent ans de théâtre sicilien, L’Harmattan, 2005