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Wajdi Mouawad

Canada – Né(e) en 1968

 

Wajdi Mouawad a vingt ans lorsqu’il écrit sa première pièce, Willy Protagoras enfermé dans les toilettes. Vingt ans, mais déjà une vie traversée de tragédies, de déplacements et d’exils successifs. La guerre civile libanaise qui lui fait quitter sa terre natale pour la France à l’âge de dix ans ; l’exil à répétition, puisque l’Hexagone lui refuse l'obtention de papiers, après cinq années de vie à Paris, et qu'il doit à nouveau s'expatrier, cette fois pour le Canada. C’est donc au Québec qu’il poursuit ses études et obtient le diplôme de l’École nationale de Théâtre de Montréal. De cette enfance écartelée et, dit-il, « inconsolée », de cette adolescence marquée par la mort d’une mère encore jeune, l’oubli d’une langue maternelle abandonnée et l’acquisition d’une autre forcément étrangère, de tout cela et de bien d’autres choses encore, il fait la matière de ses écrits. Sensible à tout ce qui l’entoure, en alerte permanente, influencé par le cinéma, la littérature comme la peinture, il crée une oeuvre faite d’histoires fortement émotionnelles. Des histoires qui tentent de rendre visible l’invisible, qui mêlent inextricablement l’intime, le privé, le social et le psychique pour dire cette douleur qui unit tous les hommes, cette souffrance qui réside au coeur même du théâtre, celui que les Grecs ont inventé et que Wajdi Mouawad semble perpétuer. À la confluence d’un Orient où les contes et les récits sont le quotidien de la culture collective et d’un Occident méditerranéen où les légendes sont devenues des mythes vivants et effectifs, il dévore et réinvente ces influences. Il imagine des synopsis qu’il offre à ses acteurs, écrivant les dialogues pendant les répétitions, tenant compte des propositions de tous ceux qui travaillent avec lui. Ses narrations, brûlantes, sont ainsi portées par des comédiens investis, capables de libérer toute la poésie contenue dans ces mots choisis avec minutie, porteurs d’une envoûtante folie, éléments savamment agencés d’une langue métissée.

Mais c’est aussi en se confrontant, comme metteur en scène, à ses grands aînés que Wajdi Mouawad chemine dans son parcours d’homme de théâtre. Shakespeare (Macbeth), Cervantès (Don Quichotte), Sophocle (Les Troyennes), Wedekind (Lulu le chant souterrain), Pirandello (Six Personnages en quête d’auteur), Tchekhov (Les Trois Soeurs), mais aussi quelques- uns de ses contemporains, Louise Bombardier (Ma Mère chien), Ahmed Ghazali (Le Mouton et la Baleine), Irvine Welsh (Trainspotting) et Edna Mazia (Tu ne violeras pas), ont été interprétés, sous sa direction, par les compagnies qu’il a dirigées au Québec (Théâtre Ô Parleur puis Théâtre de Quat’sous), avant qu’il ne mette sur pied une collaboration originale entre sa nouvelle compagnie québécoise, Abé Carré Cé Carré, et sa compagnie française, Au Carré de l’Hypoténuse. Préférant à la notion de metteur en scène celle de « metteur en esprit », il réalise avec tous ses collaborateurs un travail dont le but affiché est de « contaminer le spectateur ». En 2008, il succède à Denis Marleau à la tête du Théâtre français du Centre national des Arts d’Ottawa et donne le titre « Nous sommes en guerre » à son premier éditorial en tant que directeur, et « Nous sommes en manque » à celui de la saison suivante.

© CRIS

 
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