« Cour royale en exil à la montagne cherche conseiller image, chambre tout confort dans chalet atypique, artiste s'abstenir. » Telle est l'annonce à laquelle répond
Robinson, héros du roman d'Olivier Cadiot que Ludovic Lagarde et la troupe de la Comédie de Reims portent aujourd'hui sur scène. Et voilà Robinson projeté dans un improbable
royaume, régi par une Majesté déjantée, drôle et cynique à souhait. Chez ce monarque de droit divin, dans son chalet-château de sports d'hiver, tout est mis à mal par les
pressions inhérentes à la vie contemporaine. La cour est en ordre de marche, menée par une maîtresse à la main de fer gantée de cuir, régentant le petit personnel tout en rêvant
aux séries américaines. Mais tous les sujets sont tendus, plutôt tordus, entre le service traditionnel de sa Majesté et leur place - sinon leurs fantasmes - d'hommes et de
femmes d'aujourd'hui : le chambellan fait de la luge et se prend pour un commercial, le grand écuyer chevauche des bobsleighs et dessine des logos, le docteur royal
pratique la médecine douce, les princesses de sang portent des robes roses tout en s'inventant des destins d'executive women. Au milieu de cette cour aussi surannée que
technoïde, Robinson, personnage-fil rouge des romans d'Olivier Cadiot, promène ses pensées extra-lucides et ses rapprochements surprenants. Il y cherche un nid, mais trouve
surtout une principauté de comédie, saisie par le délire quand ce n'est pas la débauche, où la tyrannie se mesure centimètre par centimètre à la hauteur des fauteuils, où le
pouvoir fait de l'œil à la communication et le système de la cour hésite entre la farce bouffonne et les portes qui claquent d'une pièce de boulevard. Pourtant, qu'on y fasse
attention : les éclats de rire sont meurtriers. Ce roi, ces courtisans, cette langue de la flatterie comme de la satire, ces envies entre loisirs et culture de masse, cette
cour lorgnant vers la gouvernance d'entreprise, c'est ici et maintenant !
Programme Festival D'avignon 2010 (64e édition)