Dans Tartare, René Bizac regarde donc la société à travers le prisme du fait divers, qu’il soit grave ou léger, drôle ou tragique. Ce sont en effet
quelques lignes glanées ça et là, dans les journaux qui ont servi de base à son écriture : un homme se casse la jambe en jouant à superman avec son épouse; un homme mange
une lettre destinée à sa voisine. Une petite graine de réel ! Un accroc, un accident de la vie, qui permet à son imagination de s’engouffrer pour questionner la vie en
l’inventant.
Et qu’est ce que la vie quand il la regarde à travers ce prisme là ?
Un univers familier qui, de prime abord ne nous effarouche pas : la famille, le bureau, un chômeur, des enfants…des gens ordinaires, auxquels nous pouvons nous identifier
ou du moins, parce que c’est plus rassurant, identifier notre voisin.
Mais ces vies apparemment ordinaires, ces existences tellement banales, un jour basculent. Absurdement. Des vies arrêtées en plein vol, des vies coupées avant terme, des vies
gâchées ! Tartare choisit de parler de ce « gâchis », de montrer comment ces femmes et ces hommes, après leur mort tentent de revivre autrement ce qu’ils ont
vécu ou de lui donner du sens ou encore d’inventer ce qu’ils n’ont pas vécu.
Ce texte nous plonge dans le Tartare mythologique, cet espace vertigineux, dans les entrailles de la terre, où les morts sont en errance…Mais des morts qui parlent qui chantent
et qui dansent ! Des morts qui n’ont pas fait le deuil de leur vie, parce qu’ils n’ont pas fait le deuil de leurs rêves… L’écriture de René Bizac, propose, deux
facettes : la stabilité du réalisme, démenti par le dérapage dans la poésie, le surréel. Des mouettes parlent comme vous et moi mais…se sont des mouettes et mortes de
surcroît.
Un espace poétique s’ouvre, que la langue de René Bizac décale du réel. Un univers qui ressemble à la réalité, mais comme un rêve, cousu d’images de la vie, de mots déjà
entendus mais collés différemment. Une étrangeté.