La saison passée, Jorge Lavelli conviait le public français à la découverte du dramaturge Juan Mayorga, qu’il considère comme l’un des auteurs majeurs de ce début de siècle en
Espagne : Chemin du ciel (Himmelweg), présenté au Théâtre de la Tempête, a reçu en 2008 le Prix de la mise en scène décerné par la Société des auteurs et
compositeurs dramatiques (sacd).
OEuvre sur les enseignants et les élèves, les parents et les enfants – sur des personnes qui en ont trop vu et d’autres qui sont en train d’apprendre à regarder – Le Garçon
du dernier rang révèle un autre aspect du talent de cet auteur.
Un professeur de lettres corrige les copies de ses élèves. Affligeant ! Mais l’un d’eux, qui préfère une place discrète au dernier rang, « celle d’où l’on voit tous les autres », fait preuve dans sa narration d’un sens aigu de l’observation, et même d’un voyeurisme subtil. Encouragé par l’enseignant, il poursuit sa rédaction-feuilleton, pénétrant l’univers de deux familles, l’une bourgeoise avec ses espoirs et ses frustrations, l’autre plus proche de la vie intellectuelle et artistique. En un jeu subtil, la réalité et la fiction s’enchevêtrent jusqu’à se confondre. Mais quelles obscures intentions dissimule ce jeune homme et jusqu’où poussera-t-il ses manoeuvres ?
Voir le monde comme un bouleversant jeu de manipulation passionne Juan Mayorga. Toutes ses pièces en témoignent et souvent, tel un Deus ex machina, la manipulation et ses avatars – le jeu du pouvoir et l’humiliation – provoquent les décisions les plus inattendues. Quelques distorsions, un brin de lucidité, et le personnage accède à une révélation: sensibilité, déchirement, frayeur…