Spectacles
Et puis j'ai demandé à Christian de jouer l'intro de Ziggy Stardust
La Possibilité d’un « Il ».
Qu’ils se choisissent comme nom, Clatty Brown, Guitarad, Eliminazi, Elogul ou Eddie The Kook, dont ils sont plus de 300 à avoir « posté » leur reprise personnelle
sur le site communautaire Youtube, le mythe Ziggy Stardust n’en finit pas de subir la réappropriation d’un temps toujours plus élastique.
Ziggy est l’autre parti d’un « moi » interstellaire, satellisé à jamais dans la mémoire d’un possible. Il suffit par exemple de jeter un œil sur la conviction
investie de Harvest Moon (http://fr.youtube.com/watch?v=KoK0CfpAQbg), dont on ne connaîtra rien à
l’avance du drame qui se joue dans cette salle à manger pourvue d’une vitrine renfermant les mystères d’une collection de verre en cristal, pour deviner dans cette
transfiguration, une échappée en solitaire vers des galaxies meilleures.
Le phénomène fascine. Non pas l’objet de fascination comme étude empirique de « l’être à part » inventé par la création de David Bowie, mais le rapport au
fascinant, la fascination fascinée. De ce probable Illinois où il exerce en secret seul face à sa caméra numérique, témoin complice d’une évasion offerte à cette fenêtre ouverte
sur la globalité du monde, Harvest Moon donne à voir l’autre partie d’un lui-même inaccompli. Dans une autre vie, il aurait été, lui aussi une « Rock’N’Roll
Star ». Pour le moment, c’est un agent comptable qui nous fait croire à la possibilité d’un « Il », une identité neuve… Chut.
L’expérience du metteur en scène de théâtre à ce moment de son histoire, assiste à cet autre interprétant l’Autre. Ce « moi » metteur en scène se reconnaît
précisément là, dans l’impossibilité de son ubiquité. Cet Autre joué par un autre n’est autre que ce « lui », encore metteur en scène dans son histoire arrêtée.
Ziggy Stardust l’a mené sur les champs de son expérience. Tout son travail de théâtre aura versé vers le trou noir dans lequel Ziggy aura montré la lumière. Une étoile suspendue
comme d’autres portent des éléphants à leur cou.
A un moment où les doutes d’un théâtre à inventer pérennisent une certaine angoisse du temps figé, il était temps non pas de lui rendre hommage, mais de le retrouver avec
ce « nous » réunifié. Tous ceux qui à travers leurs vies dissoutes auront permis à Ziggy de se cacher, les « posteurs » de Youtube, les
collectionneurs « fous », les arpenteurs infatigables de Heddon Street, les « lad in sane »…
Enfin le souvenir de cette répétition sur Elephant People où justement puisqu’il s’agissait de répéter, je me trouvais dans l’impasse de l’instant qui s’échappait parce que trop renouvelé, incapable d’être à la luminescence du présent. Et puis, j’ai demandé à Christian de jouer l’intro de Ziggy Stardust.
Renaud Cojo
29 mai 2008