De fin mars à début juillet 2003 s’est déroulé en public au Palais de Justice de Paris le procès intenté par la compagnie pétrolière Elf à trente sept prévenus dont MM. Loïk Le FLOCH-PRIGENT, 57 ans, Alfred SIRVEN et André TARALLO, 76 ans tous les deux. Ce qui est officiellement jugé ce sont les abus de biens sociaux commis au détriment de la compagnie pétrolière pendant les quatre années de la présidence de M. Le FLOCH-PRIGENT, de 1989 à 1993.
S’il n’est pas physiquement présent dans la salle d’audience c’est bien le Pouvoir politique qui comparait devant la Justice. Même si ses représentants officiels, élus, sont absents, l’Etat français doit répondre ici de son fonctionnement, de ses financements, d’une façon de diriger sa politique. Les pays d’Afrique apparaissent au fil des audiences comme un moyen au service de la République. Ce qui semblait n’être qu’une société d’exploitation d’hydrocarbures se révèle être le bras séculier d’enjeux occultes au service d’une « certaine idée de la France ».
Sur scène, devant la Justice, cette dimension opaque apparaît en pleine lumière. Le Président du Tribunal brise le silence qui unit les trois principaux prévenus. Peu à peu, derrière le procès fait aux hommes, un autre procès apparaît, celui d’un système, celui d’un Etat.
Pour l’écriture de la pièce, Nicolas Lambert a assisté à l’essentiel des quatre mois du procès. Les dialogues sont bien les propos qu’ont tenu les protagonistes du procès.
En changeant de focale, il apparaît que les problèmes entre les villes et leurs banlieues recoupent ceux de la métropole et de ses colonies. L’expérience de ce glissement est à l’origine du projet «elf, la pompe Afrique». Projet horizontal mêlant l’art du griot africain, le reportage radiophonique et l’acte théâtral dans les traces de la commedia dell’arte.
Un homme, seul, raconte de ville en ville l’histoire qu’il a comprise. Ce à quoi il a assisté.
Raide comme la Justice, le décor lui-même convoque les symboles Républicains.
Les noms propres, les propos, les situations sont ceux des protagonistes, sans faux-nez. Être juste avec eux.
Lors de suspensions d’audiences, la musique est appelée à témoigner.
À charge.
On donne à voir au public ce qui a été public. Le public est donc aussi celui du Palais de Justice.