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Couverture de Supermarché

Supermarché

de Biljana Srbljanovic

Texte original : Supermarket traduit par Michel Bataillon , Ubavka Zaric


(...)


Britta. Monsieur Schwartz, ce n’est pas moi qui choisis les sujets. Léo. Comment ça ? Qui les choisit alors ? Vous êtes rédacteur en chef.


Britta. Les lecteurs choisissent, Schwartz. Je ne fais qu’écrire ce qu’ils demandent.


Léo. Ce que j’ai à vous raconter fera vendre le tirage, Britta.


Britta. Je n’en doute pas, Schwartz. Malgré tout, nous sommes un petit magazine local.


Léo. Avec mon histoire, vous avez même une bonne occasion régionale.


Britta. Certes. Mais il est trop tard. Nous avons déjà préparé le sujet. L’anniversaire approche, les dix ans de la chute du Mur, il faut couvrir cela : l’Europe avant et après, l’Est n’est plus l’Est, et l’Occident...


Léo. ... est resté le même.


Britta. Peut-être. Pourtant, les conditions changent. Le temps passe. Les gens discutent. Et c’est le sujet de mon article.


Léo. Que voulez-vous dire ?


Britta. Je serai direct, Schwarz. Dix ans après, la question se pose : Avons-nous encore besoin d’écoles pour les étrangers ?


Léo. Qui pose cette question ?


Britta. “Image et parole”.


Léo. Cela veut dire, vous, Britta ?


Britta. Ah non, pas seulement moi, Schwartz !


Léo. Et qui encore ? Vous écrivez tous les textes.


Britta. Je ne fais qu’écouter l’opinion publique.


Léo. Donc, vous. Bon. Vous.


Britta. Rien contre vous, Schwartz, vous le savez. Notre magazine ne fait que poser des questions. Ce sont les lecteurs qui tirent les conclusions. Et les questions se posent. C’est une nouvelle époque, les frontières n’existent plus, les différences s’effacent ou il faut les effacer. Allons, commençons. Britta lance l’enregistrement. Monsieur Schwartz, que signifie pour vous cet anniversaire ?


Léo prend le dictaphone de la main de Britta et l’éteint.


(...)



Jour premier. VIII


La lumière, dans le bureau de Léo, pour la dernière fois aujourd'hui. Fâché, Léo arpente la pièce de long en large. Diana est assise sur la chaise en face du bureau.


Léo. Ce que tu fais doit cesser.


Diana. Quoi, papa ?


Léo. Aujourd'hui, tu as été renvoyée du cours. Vendredi dernier, tu n'es pas allée à l'école. Tu penses continuer comme ça encore longtemps ?


Diana. C'était la fête, vendredi dernier.


Léo. Ne mens pas. Quelle fête ?


Diana. Bouddhiste.


Léo. Diana, nous sommes athées.


Diana. Non, tu es athée. Je suis bouddhiste.


Léo. Et depuis quand, ça ?


Diana. Depuis vendredi dernier.


Léo. Bouddhiste, bon, bon. Et pour combien de temps ?


Diana. Deux semaines. S'engager pour une période plus longue ne serait pas correct envers les autres religions.


Léo. Enfin, mon enfant, où vas-tu chercher toutes ces bêtises... Écoute, Diana, il existe certaines règles, ici. Et tu dois les respecter.


Diana. Ça m'est égal. De toute façon, dans une prochaine vie, je reviendrai en pigeon. Pour conchier ton monument.


Léo. Tu ne seras pas la seule.


Diana. Tu m'étonnes.


Léo est furieux. De la main, il cogne contre la table. Il en fait tout tomber.


Léo. J'en ai marre de ta merde, tu as entendu !!!


Diana. Avant que tu ne démarres, sache que je suis fichée comme HSP.


Léo. Comme quoi ?


Diana. Pute. Maintenant, vas-y, je t'en prie.


Léo. Tu n'as pas honte. Il prend la copie de Diana. Et qu'est-ce que c'est que ça ? Diana regarde.


Diana. Ma copie.


Léo lit la copie de Diana.


Léo. "Un jour dont on se souvient. Le jour dont je me souviendrai toujours est le jour de ma conception..."


Diana. Exact. Qu'est-ce qui ne va pas ?


Léo. Premièrement, il manque une virgule. Deuxièmement, c'est une merde dégueulasse. Et qu'est-ce que tu sais du jour de ta conception ?


Diana. Si tu l'avais lue jusqu'à la fin, tu le saurais. Sais-tu ce que je suis ?


Léo soupire.


Léo. Un oiseau.


Diana. Diana.


Léo. Vraiment ?


Diana. La princesse Diana. Dans sa nouvelle réincarnation. J'ai calculé. J'ai été conçu le jour de ses fiançailles avec ce connard. Comme c'était la fin de sa vie et l'annonce de sa mort prochaine, son âme s'est transférée dans le corps d'un nouveau né.


Léo. Tout ça est écrit ici ?


Diana. Dans les grandes lignes.


Léo. Dans les grandes lignes et sans ponctuation. Diana, mon enfant, qu'est-ce que je vais faire de toi ?


Diana. Vraiment, papa, cela ne t'a jamais traversé l'esprit ? Maman aurait dû le savoir quand elle m'a donné ce nom.


Léo. C'est moi qui t'ai donné ce nom et pas elle. Si on avait écouté ta mère, tu n'existerais pas ! Maintenant, rentre à la maison !


Diana devient triste. Léo est désolé.


Excuse-moi. Excuse-moi, s'il te plait... Tu sais que je n'y ai pas pensé...


Diana. Ce n'est pas grave. Si maman était vivante, elle l'aurait confirmé.


(...)


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