theatre-contemporain.net

Couverture de Pouvoir dire oui ou Aiaxaia

Pouvoir dire oui ou Aiaxaia

de Radovan Ivsic


Pouvoir dire oui ou Aiaxaia :Extraits

SCENE 10

LE PLONGEUR :
Je suis si vieux,
je suis si seul
que je sais aujourd’hui ce qu’est l’horreur :
L’horreur, la pire des horreurs,
n’est pas le poison instantané de la vipère.
L’horreur, c’est quand le poison est versé
dans le mot même
dans le cœur du mot
et quand le mot ne joue plus sur le souffle
comme la feuille dans le vent.
Et lorsque le mot est empoisonné et plombé,
le mot contaminé et contagieux,
passe en fraude par la bouche
alors, même les plus belles lèvres
deviennent pourries,
purulentes,
croûteuses,
et l’amertume du poison
au fond de la gorge
infecte mortellement les pousses de la vie.
L’horreur, c’est lorsque le poison invisible
tue les mots
et inverse leur sens.
Car les mots,
les plus beaux mots,
on ne les a pas vus soudain disparaître
comme les feuilles à l’automne.
Non, au contraire,
l’un après l’autre, on les a sourdement massacrés,
mais en leur laissant un semblant de vie,
cadavres prêts à servir d’habits neufs à l’horreur.
Tyrannie, tu m’étouffes encore plus
quand tu te nommes bourgeon.


SCENE 11

LES ŒUVRES COMPLETES :
Tout, jusqu’à la fin, jusqu’au fond,
jusqu’à la dernière circonvolution,
jusqu’aux pommes bleues,
jusqu’aux prunes rouges,
nous avons déjà tout dit,
publié, révélé,
nous avons déjà tout signé, consigné, contresigné,
nous avons déjà tout maîtrisé, appréhendé,
nous avons déjà tout imaginé, conçu,
nous avons pensé à tout,
nous avons réfléchi à tout dans note cerveau _nous avons tout prévu,
nous avons tout agité, nous avons tout décidé,
après nous,
rien de neuf n’est imaginable.
Avec le piston de notre pensée universelle
nous avons pompé toute nouveauté
du passé, du présent, de l’avenir
et de la vitesse de la lumière.
Nous sommes l’éternel dernier cri,
Ce que nous ne comprenons pas,
Ce n’est pas sensé.

Masquer la bannière