Nous pour un moment

de Arne Lygre

Texte original : Pour un moment (Norvégien) traduit par Stéphane Braunschweig, Astrid Schenka

Écrit en 2016 - français

Présentation

Deux ans après avoir traduit et mis en scène Rien de moi, Stéphane Braunschweig revient à Arne Lygre, dont il met en lecture la dernière pièce : Pour un moment. À nouveau traducteur, il a choisi d'en transposer le titre (effectivement intraduisible) : La deg være. Littéralement, ces mots signifieraient quelque chose comme “Laisse-toi être”. Cette injonction à se “laisser être” se laisse deviner à travers une chaîne non pas tant de personnages que de figures – voire, si l'on peut dire, de “rôles relationnels”. Pour ses lecteurs, Lygre les désigne sobrement comme étant “une personne”, “une(e) ami(e)”, “un(e) ennemi(e)” ou “un(e) inconnu(e)”. Pour ses spectateurs, c'est une autre affaire : faute d'indices explicites, ces différents rôles ne peuvent être entrevus que peu à peu au fil de la représentation. Cette identification progressive et comme en filigrane des êtres présentés en scène, par le biais des relations qu'ils entretiennent, constitue certainement l'un des ressorts secrets qui confèrent à Pour un moment sa tension dramatique si particulière.

Ces figures de “personne”, d' “ami(e)”, etc., forment plusieurs constellations humaines occupant chacune un certain épisode théâtral. Successivement, dans chacun de ces épisodes, une “personne” jouit d'un statut relativement central, par rapport auquel se définissent les autres positions d'amitié, d'hostilité, de familiarité. Tout le mouvement de la pièce naît de la circulation d'une “personne” à l'autre. L'action/narration, qui prend son élan initial dans le dialogue entre une femme et son amie, définit assez rapidement ses premières unités de lieu et d'action (la nuit, sur un quai presque désert). Mais elle ne s'y attarde pas, car il se produit un événement imprévisible, qu'il serait dommage de dévoiler. L'intrigue en suit dès lors les répercussions de proche en proche, d'une constellation à l'autre, à la façon d'un galet faisant des ricochets à la surface des existences.

L'ensemble, à la fois dit et vécu (voire dit au-delà même de la vie), fait songer à plusieurs plans-séquences contemplatifs et dramatiques. Contemplatifs par le détachement que semblent introduire les dialogues à demi distanciés ; dramatiques par l'acuité des événements, entremêlant désir et mort, qui se développent sous nos yeux dans le pur présent théâtral. Le témoin que les personnages se passent au long de cette ronde (il n'est pas interdit de songer parfois à Schnitzler) ne cesse jamais de circuler. Parfois, il semble s'attarder chez l'un ou l'autre, mais l'illusion ne dure pas. Nous seuls, qui nous tenons à l'extérieur, pouvons tenir les deux bouts de leur chaîne, et pressentir ce qui fait la secrète unité de leur communauté invisible – “pour un moment”.

Daniel Loaza - Odéon - Théâtre de L'Europe

Sélection(s)

2016

Lectures publiques

Nouvelles dramaturgies européennes

Odéon-Théâtre de l'Europe

Autorisation de représentation

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À l'affiche en traduction

Image de spectacle Nous pour un moment
Image de Nous pour un moment

Arne Lygre, Stéphane Braunschweig

mise en scène

Du ven. 15/11/19 au sam. 14/12/19

à Paris