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Couverture de Pinocchio

Pinocchio

de Joël Pommerat


Pinocchio :Représenter le personnage de Pinocchio

Le texte de Pinocchio, traduit dans le monde entier, a fait l’objet de très nombreuses adapta- tions (albums, dessins animés, bandes dessinées, films). Distorsion du sens, détournement de la morale, illustrations mièvres et charmantes tentant d’adoucir la cruauté de l’œuvre originale conduisent souvent le jeune lecteur assez loin de l’univers cruel et de la morale de l’auteur.

– Inviter les élèves à visiter le site de Joseph Cabioch consacré à Pinocchio afin d’y sélectionner des images conformes à leurs représentations du personnage.

Pour la représentation se pose la question de l’animation du pantin. Il s’agit en effet ici d’animer, de donner âme et vie à un « jouet d’enfant, figurine burlesque dont on agite les membres au moyen d’un fil » (dictionnaire Le Robert, 2000). Ce problème a souvent été résolu grâce à l’utilisation de marionnettes ou d’acteurs fardés de blanc, à la manière de Pierrot.

– Inviter les élèves à réfléchir à cette question de mise en scène : quels moyens peuvent être mis en œuvre pour représenter un pantin ?

– Réfléchir à cette question en recourant au jeu du corps.
1. Pousser les tables, répartir les élèves en quatre groupes par tirage au sort et faire passer succes- sivement les élèves « au plateau ».
Consignes
- Marchez doucement, sans parler, sans vous regarder. Arrêtez-vous.
– Restez debout, immobiles, les pieds à l’écart du bassin. Respirez tranquillement. Imaginez que vous êtes un pantin. Cherchez, en actionnant votre bras et votre poignet droit les mouvements que vous pouvez faire. Décomposez bien les mouvements. Le reste du corps doit rester immobile.
– Faites le même exercice avec le bras et le poignet gauches.
– Toujours doucement, actionnez votre cheville, puis votre genou droit comme un pantin.
– Même exercice avec la cheville et le genou gauches.
– Marchez doucement comme un pantin articulé en animant bras et jambes.

On demandera, à l’issue de chaque passage ce que les spectateurs ont vu. Il ne s’agit pas de porter de jugement de valeur sur les camarades, de dire ce qui est « bien » ou « mal », mais de tenter de voir comment représenter Pinocchio et d’apprendre, grâce au travail des camarades, comment on peut améliorer la représentation du personnage.

2. Mettre ensuite les élèves par groupes de quatre : un pantin et trois manipulateurs. Envoyer deux ou trois groupes au plateau.

Consignes
Pinocchio vient de naître et commence à s’animer. L’un de vous est Pinocchio, les trois autres sont des marionnettistes : l’un s’occupe des bras, l’autre des jambes et le troisième de la tête. Vous allez, doucement, montrer la naissance du pantin.
Attention Pinocchio ne doit pas attendre qu’on le porte. Il doit accepter et exécuter les indications légères que donnent les manipulateurs. L’exercice doit se dérouler en silence.

Après chaque passage on demandera aux élèves qui ont joué quels problèmes ils ont rencontrés et ensuite aux « spectateurs » ce qu’ils ont vu. Là aussi, l’objectif est d’accéder à une représen- tation à chaque fois plus précise de Pinocchio. À l’issue des passages, on demandera aux élèves, quels problèmes posent selon eux la représenta- tion de Pinocchio au théâtre : qu’est-ce que le pantin peut faire ? Qu’est-ce qu’il ne peut pas faire ? Comment surmonter les difficultés ?
Le terme « pantin » désigne également une « personne comique ou ridicule par ses gesti- culations excessives », un bouffon, un guignol, « une personne versatile, inconsistante », une girouette. C’est là l’autre aspect important de la personnalité de Pinocchio qui promet d’aller à l’école mais qui à la moindre sollicitation, oublie sa promesse, vend l’abécédaire que lui a offert son père et se part à l’aventure. Sa curiosité fait de lui un pantin et le jouet de ses appétits de découverte. Il se trouve ainsi jeté dans une course permanente et effrénée. « (...) ce garnement de Pinocchio (...) se sauvait à toutes jambes à travers champ (...). Dans sa course précipitée, il franchissait de hauts talus, des haies de prunelles et des fossés plein d’eau, exactement comme une petite chèvre ou un lapereau poursuivi par les chasseurs. » (Les Aventures de Pinocchio, chapitre IV, Carlo Collodi, traduction d’Isabel Violante, Flammarion, 2001)
Pinocchio est également un être spontané qui ne peut « réfréner l’impulsion de son bon coeur » (au chapitre VIII de l’œuvre de Collodi, il saute au cou de Gepppetto et l’embrasse « partout sur le visage »).
Le personnage offre deux facettes. Il est d’une part une bonne âme, conscient des sacrifices que l’on a fait pour lui, plein de bonnes résolutions et de bonnes intentions et d’autre part sensible à l’appel du grand large, submergé par son envie de découvrir le monde par lui-même.

– Diviser la classe en deux groupes et proposer la lecture des extraits ci-dessous. Débattre sur l’ambivalence du personnage.
« Aujourd’hui, à l’école, je veux tout de suite apprendre à lire ; demain j’apprendrai à écrire, et après-demain à compter. Puis, grâce à mon habileté, je gagnerai beaucoup d’argent, et avec les premiers sous que j’aurai dans ma poche, je veux tout de suite acheter un beau veston de drap pour mon papa. Que dis-je, du drap ? on, je veux lui faire un veston d’or et d’argent, avec des boutons en diamant. Ce pauvre homme le mérite bien, car, en fin de compte, c’est pour m’acheter des livres et me faire instruire qu’il est en manches de chemise par un froid pareil ! Il n’y a que les papas qui soient capables de pareils sacrifices. » (chapitre IX)

Cruel par innocence, ignorant des règles et de la dureté du monde, il est aussi d’une naïveté qui confine à la niaiserie.
« – Veux-tu doubler ta fortune ?
– Qu’est-ce à dire ?
– Veux-tu, de ces cinq misérables sequins, en faire cent, mille, deux mille ?
– Si seulement !... Mais comment ?
– Le moyen est bien simple. Au lieu de retourner chez toi, tu devrais venir avec nous.
– Et où me conduirez-vous ?
– Au pays des Dindons.
(...)
– Ainsi, dit le Renard, tu veux absolument rentrer chez toi ? Alors, va-t’en, et tant pis pour toi.
– Tant pis pour toi ! répéta le Chat.
– Réfléchis bien, Pinocchio : tu donnes un coup de pied à la chance !
– À la chance ! répéta le Chat.
– En une seule nuit, tes cinq sequins deviendraient deux mille.
– Deux mille ! répéta le Chat.
– Mais comment peuvent-ils croître si vite? demanda Pinocchio, la bouche bée d’étonnement.
– Je te l’explique sur-le-champ, dit le Renard. Sache qu’au pays des Dindons, il y a un champ sacré que l’on appelle le Champ des miracles. Le matin, à ton lever, tu fais dans ce champ un petit trou et tu y mets, par exemple, un sequin d’or ; puis tu recouvres le trou avec un peu de terre, tu jettes dessus une pincée de sel et, le soir, tu t’en vas tranquillement au lit. Pendant la nuit le sequin germe et fleurit et, le lendemain matin, à ton lever, quand tu retournes dans le champ, que vois-tu ? Tu vois un bel arbre chargé d’autant de sequins d’or qu’un bel épi peut contenir de grains de blé au mis de juin. » (chapitre XII)
Capricieux, exigeant la satisfaction immédiate de ses désirs, c’est aussi un incorrigible menteur et cela se voit : « Dès qu’il eut dit ce mensonge, son nez qui était déjà long, s’allongea de deux doigts. » (chapitre XII)

– Aborder le personnage par la lecture à voix haute. Distribuer le texte reproduit en annexe . Organiser une ou plusieurs mises en voix en répartissant les rôles : Pinocchio, son père et le narrateur. Faire une première lecture en prêtant attention aux sonorités et au rythme des phrases, sans jouer. Puis chercher la justesse dans la réplique, dans le ton. Faire émerger les possibles.

– Après avoir mis en voix ce passage, demander aux élèves de compléter, les informations qu’ils ont déjà relevées sur Pinocchio (on fera observer son innocence notamment).

– Aborder la notion d’adaptation.
Mettre les élèves qui le souhaitent par groupes de trois. Improviser à partir du texte qui vient d’être mis en voix.
Consigne
Imaginez ce que serait aujourd’hui la scène entre ce père pauvre et son fils, un pantin qu’il vient de mettre au monde. Vous respecterez la situation et le contexte d’extrême pauvreté de la famille. La vulgarité et les bousculades sont interdites. Vous avez une minute de préparation et trente secondes de jeux.

On procédera ensuite à l’écriture de la scène, en retenant les éléments les plus intéressants, les plus justes. On pourra, à la manière de Joël Pommerat, garder plusieurs versions, avec les possibles entre parenthèses. Exemple : Tout est vide (Les placards sont vides). C’est dingue ! (Je le crois pas !)
Si l’on décide de jouer l’adaptation, on retiendra ce qui semble le plus juste.

Extrait du Dossier Pièce (Dé)montée n° 43, rédigé par Christiane Gayerie-Bescond, et édité par le CRDP de l'académie de Paris.


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