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Philoctète

de Cédric Demangeot


Scène unique, paroles de Philoctète

Philoctète.—

Ah, ce beau,
ce trop beau
corps qu’ils ont ; qu’ils

tiennent (on
jurerait) des

dieux ; qu’ils
huilent

après la guerre,
avant l’amour. je

hais ce corps-là – à
m’y perdre. Et
les Grecs

me haïssent en retour
pour mon corps putride et mes cris d’
enfant qu’on saigne –

Ma jambe est blessée
parce que ma jambe
a trop parlé. On

ne m’y reprendra
pas. Non,
pas

de mon vivant. Les salauds
m’ont déposé – parce que ma blessure
puait trop. Parce qu’elle

parlait trop. Parlait
à l’équipage, parlait
d’autre. Oui, d’autre

chose que de la guerre,
parlait aux hommes. On
m’a déposé

pour que j’apprenne. Une fois
pour toutes – à faire taire mon corps.

Je suis – irréductible – la
mauvaise conscience des Grecs. Dont ils
ne se débarrasseront pas. Je ronge
ce beau corps des Grecs – je le
ronge de l’intérieur et ne
cesse jamais. Ma plaie non plus je
ne passe pas un jour sans l’
aviver. Qu’elle ne
guérisse pas.

Une
seule certitude : j’aurai
la peau d’Ulysse. Lui

que j’ai annulé
plus qu’aucun autre Grec
reviendra.

Reviendra me prier
de lui rendre un corps : je
ne répondrai pas.

– non. Je ne suis pas rancunier ; je remercie Ulysse ; et

je veux bien
sucer tous ces fils de chienne
que sont ses fils

comme tous les matins je suce ma plaie : pour
aviver le mal, aider la maladie grecque
à faire son travail
dans leurs corps creux.


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