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Couverture de Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne

Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne

de Jean-Luc Lagarce


Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne :Historique de l'écriture et de la création

d'après le ''Journal'' de Lagarce

Sélectionnés dans le Journal de Jean-Luc Lagarce, les passages suivants donnent un aperçu des conditions d'écriture des Règles du savoir-vivre dans la société moderne, et de la vision par Lagarce de sa propre mise en scène du texte.

LUNDI 14 OCTOBRE 1991
Je n’écris plus. Je n’essaie pas. Comme quelque chose de cassé – Juste la fin du Monde ou Histoire de Gary qui serait la seule histoire qui vaille la peine...
Même les courts textes – une demande de Roland Fichet sur « Le Jour de ma naissance » – ou une commande sur « Le Savoir-vivre » pour Belfort.

MARDI 26 JANVIER 1993
Ai terminé Le Savoir-vivre. On verra.

MERCREDI 3 FÉVRIER 1993
Samedi‚ j’ai fait à Belfort une lecture du texte sur Le Savoir-vivre d’après la Baronne Staffe. Henri et l’équipe semblaient très contents.

MERCREDI 25 AOÛT 1993
Je n’écris plus. C’est depuis longtemps. Berlin‚ Gary‚ Juste la fin du monde. Je n’écris plus. François par exemple – mais par exemple au meilleur sens du terme – soutient régulièrement que j’écris‚ « que je suis écrivain »‚ que les petits textes que je ponds ici ou là‚ que la Baronne Staffe‚ sont de l’écriture mais je ne le crois pas. Je ne le pense pas. Je n’écris plus.

SAMEDI 4 DÉCEMBRE 1993
Lecture par Mireille cet après-midi du Savoir-vivre. Bonne lecture et ce texte n’est pas si mal‚ semblant raconter des choses importantes‚ plus secrètes qu’il n’y paraît.

MERCREDI 19 JANVIER 1994
C’est Danièle Lebrun qui enregistre (aujourd’hui) la Baronne Staffe à France Culture. Joli choix.

VENDREDI 27 MAI 1994
Avons commencé le travail à Rennes sur Le Savoir-vivre. C’est une drôle d’idée (François est vraiment enthousiaste) et je n’arrive pas à savoir si j’ai déjà commis l’erreur irréparable.

MARDI 31 MAI 1994
Cela va assez bien. Ai commencé un peu le travail sur Le Savoir-vivre avec Mireille (et François en assistant) et ai travaillé ce dimanche.

VENDREDI 3 JUIN 1994
Musique : Fauré‚ Poulenc (pour Le Savoir-vivre). (Pour moi‚ aussi...)

JEUDI 9 JUIN 1994
À Rennes‚ mardi‚ me suis couché très tard et mercredi matin me suis levé très tôt. J’avais‚ après ma perfusion‚ rendez-vous avec les Attoun‚ à l’autre bout de Paris‚ et peu à peu‚ sur le coup de 16 heures ai commencé à me sentir de plus en plus fatigué‚ épuisé et lorsque j’atterris enfin chez moi‚ j’ai 39‚5 de fièvre.
Mauvaise soirée. Nuit épuisante où dans la fièvre‚ la transpiration se mélangent la maladie‚ ce texte pour les Attoun que je n’arrive pas à terminer et je ne sais trop pourquoi‚ la mise en scène « impossible » du Savoir-vivre.
Ai décidé‚ vivement encouragé par François‚ de ne pas retourner à Rennes demain comme il était prévu. Irai mardi.
Cela va « comme ci‚ comme ça ». Se reposer aujourd’hui et demain.

VENDREDI 10 JUIN 1994
Ai renoncé à mon aller-retour aujourd’hui à Rennes. Mireille ne me cache pas son inquiétude sur le travail du Savoir-vivre ce qui n’est pas très gentil (et pas exact).

JEUDI 16 JUIN 1994
Bon travail hier sur Le Savoir-vivre. J’étais content vraiment car je crois que j’étais efficace‚ assez clair et Mireille semblait travailler assez heureusement.

SAMEDI 23 JUILLET 1994
Séance de travail assez juste‚ jeudi après-midi avec Peduzzi sur La Cagnotte et quelques conseils qu’il pourrait donner sur Le Savoir-vivre. C’est ce qui était convenu.
Assez bon travail pour une première approche.

JEUDI 22 SEPTEMBRE 1994
Bon travail sur le costume du Savoir-vivre avec Patricia.

DIMANCHE 9 OCTOBRE 1994
Début des répétitions – les après-midi – du Savoir-vivre‚ ce qui explique un peu aussi la fatigue en fin de semaine. Levé très tôt pour assurer les perfusions‚ aller répondre aux radios quelques sottises sur Le Malade‚ traverser tout Paris (de Montparnasse à Gambetta‚ chaque jour)‚ répéter‚ aller au théâtre‚ se coucher tard... bon...
Début des répétitions plutôt agréable‚ plutôt efficace. Le travail à la table que nous avons fait à Rennes semble avoir joué un rôle souterrain et secret plutôt heureux et Mireille a déjà une très grande connaissance – voire maîtrise – du texte.
Ajoutons que je ne suis pas mécontent de travailler avec si peu de gens pour une fois.
Très beau travail de Patricia sur la robe et très beau travail de Laurent sur le décor. Il y a eu une réunion hier après-midi chez moi sur la maquette qui fut très agréable et je crois très productive.
(…)
Tout‚ le moindre élément dans le décor du Savoir-vivre sera blanc‚ surexposé.

MARDI 25 OCTOBRE 1994
Excellent travail avec Mireille sur Le Savoir-vivre. Je ne sais où nous allons mais nous y allons avec beaucoup de force.

MARDI 22 NOVEMBRE 1994
La générale du Savoir-vivre a lieu demain. Bon travail mais je ne sais pas très bien ce que je pense – la difficulté à monter un texte de soi –‚ cela vient et disparaît pour m’échapper encore.
Très éprouvant moment un soir‚ la semaine dernière‚ où j’ai interrompu un filage – ce que je n’ai pas fait en dix ans – et expliqué à Mireille totalement en larmes et au bord de la crise qu’il fallait s’apaiser‚ se calmer‚ revenir à un vrai travail.

SAMEDI 26 NOVEMBRE 1994
La première du Savoir-vivre a eu lieu. Un véritable triomphe avec un soutien du public dès la première phrase et une écoute formidable. Mireille a fait une multitude de rappels où carrément les gens lui criaient bravo.
Je n’imaginais pas cela et le succès me parut disproportionné et François – je ne fis pas part de mes inquiétudes à Mireille – François était surpris de ma réserve.
La seconde fut très belle‚ avec autant d’applaudissements‚ mais en effet avec des réactions – le rire – moins importantes. Hier soir aussi‚ Jean-Pierre Thibaudat de Libération. On verra.

SAMEDI 3 DÉCEMBRE 1994
Jean-Pierre Thibaudat de Libération a écrit un énorme papier sur Le Savoir-vivre dans l’édition de mardi. Un papier bourré de compliments‚ où Mireille est sacrée grande actrice « virtuose » et où surtout il remet la pièce dans une histoire de compagnie‚ raccordant aux Solitaires intempestifs et citant très joliment François (ce dont j’ai été très heureux).
L’article a déjà joué son rôle dans la notoriété du spectacle et le moins qu’on puisse dire‚ c’est qu’il n’est pas passé inaperçu.

JEUDI 8 DÉCEMBRE 1994
Le moment n’est pas difficile. La maladie – grâce aux médicaments – nous offre une petite rémission‚ le travail ne se passe pas mal‚ Le Savoir-vivre fut un succès‚ La Cagnotte se prépare assez bien‚ je suis redevenu « un auteur » et pourtant la mélancolie vous prend‚ elle vous tient.
L’absence de désir. Le combat totalement vain au bout du compte.

JEUDI 22 JUIN 1995
Nous reprenons Le Savoir-vivre vendredi et samedi. C’était étrange‚ comme un souvenir de lorsque nous étions très jeunes : une tournée minuscule avec François‚ Mireille et juste deux techniciens.

in ''Journal ''de Jean-Luc Lagarce


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