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Couverture de Le Poisson belge

Le Poisson belge

de Léonore Confino


Le Poisson belge : Lettre aux élèves et aux professeurs

par Léonore Confino

Accompagnement du Prix Sony Labou Tansi 2017.

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Montreuil, le 30 mai 2016



Chers lycéens, chers professeurs,


Je crois que vous aurez, ces prochains temps, l’occasion de vous plonger dans cette histoire de branchies, d’enfance et de couleuvres… j’aimerais vous éclairer un peu sur mes intentions d’écriture avec ces quelques lignes.


L’idée du Poisson belge est née suite à un jeu: il y a quelques années, j’observais les passants dans les rues, les bus, les magasins et traquais dans leurs visages, leurs corps, les traces de l’enfant qu’ils avaient pu être. Parfois, c’était facile. Même chez des vieillards recroquevillés : leur malice se révélait dans un détail, un geste. Parfois, toute l’enfance s’était effacée, même chez de tous jeunes adultes. Puis un soir, dans ma salle de bain, je me suis amusée à faire le même jeu… sur moi. Face à mon miroir je me suis glacée : « houla, ton enfant à toi aussi est en train de disparaître ».


Dans l’élan de cette prise de conscience, je suis devenue maman. Et ma fille, dans sa liberté de crier fort, de rire fort, de s’entartiner fort la figure avec ses compotes, m’a rappelé que tout être naît rugueux et singulier avant de se conformer à l’air ambiant, aussi pollué soit-il. Oui, d’année en année, j’avais poliment étouffé mon enfance. Il fallait renouer.


A travers la rencontre entre Grande Monsieur et Petit Fille, j’ai voulu raconter une réparation : celle de l’enfant intérieur qui respire si mal en soi. C’est étrange de m’adresser ici à des lycéens. J’ignore si vous éprouvez ce sentiment. S’il vous est totalement étranger. J’aimerais le savoir. Je continue.


Le choix de la Belgique a été induit par ma fascination pour les étangs d’Ixelles (à Bruxelles) qui, recouverts d’une brume opaque l’hiver, laissent deviner l’ombre d’étranges apparitions. Parfois, à une certaine température, à une certaine heure, avec certaines silhouettes, un paysage devient surnaturel. Ces images me provoquent des impulsions d’écriture. Je ne sais pas s’il vous arrive, à une réunion familiale, de vous extraire un temps pour observer la situation, les mouvements qui forment un tableau vivant où apparaît plus clairement la mécanique des corps, des sons, des couleurs… c’est là, je crois, que la fiction commence.


J’aimais aussi l’idée de « l’histoire belge » : un titre qui fait croire à une histoire drôle, puis qui emmène ailleurs, l’air de rien. Mêler humour et poésie s’est imposé comme un défi. Encore un désir de réconcilier ce qui ne se mêle pas de manière évidente. Moi, c’est ce qui me donne envie d’écrire : casser les cloisons. Le choix du masculin/féminin au sein de chaque personnage, c’est encore une envie de décloisonner, de rappeler que nous sommes libres de ne pas nous clôturer, de nous définir autrement que par des choix binaires.


La question de l’identité profonde m’intéresse depuis toujours. Avec quels adjectifs peut-on se raconter aux autres ? Dans quels contours s’est on enfermés ? A quelles singularités a-t-on renoncé pour plus de tranquillité vis-à-vis de la société ? J’ai voulu expérimenter des personnages qui se définissent de manière inattendue : Petit Fille est asthmatique, se fabrique des branchies, est fascinée par les monstres marins tandis que Grande Monsieur mange uniquement de la nourriture lyophilisée, porte un ventre rempli de couleuvre, apprécie d’être frappé régulièrement... cela m’amusait de construire un jeu de piste, pour amener le spectateur à rassembler les pièces qui révèlent progressivement l’identité de ces personnages jusqu’au puzzle complet : à l’image du résultat de l’équation mathématique qu’ils peinent à résoudre ensemble au début de la pièce, ils sont une seule et même personne, Claude et Claude, l’adulte et son enfant intérieur. Quand l’un était sec comme une biscote et l’autre ne jurait que par l’eau, ils finissent par pleurer ensemble et respirer enfin.


J’espère que cette lettre ne vous semblera pas si absurde. Je serais curieuse de vous entendre, de vous lire. Vous êtes libres d’interpréter. Vous êtes libres de me dire si quelque chose vous dérange. Enfin voilà, soyons très simples dans notre façon de communiquer si vous le voulez bien. Voici mon mail : xxxxxxxxx


A très bientôt,


Léonore Confino.


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