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Couverture de Le Pays lointain

Le Pays lointain

de Jean-Luc Lagarce


Le Pays lointain :Extrait 3 : Intermède

PL, p. 131-134 / ThCIV, p. 402-404

(…)

LOUIS. – C’est comme la nuit en pleine journée‚ on ne voit rien‚ j’entends juste les bruits‚ j’écoute‚ je suis perdu et je ne retrouve personne.

LA MÈRE. – Qu’est-ce que tu as dit ? Je n’ai pas entendu‚ répète‚ où est-ce que tu es ?
Louis !

UN GARÇON‚ TOUS LES GARÇONS. – Hélène ?

HÉLÈNE. – Oui ?

UN GARÇON‚ TOUS LES GARÇONS. – Si tu veux rentrer‚ si tu veux t’en aller‚ je t’accompagne.

LE GUERRIER‚ TOUS LES GUERRIERS. – Si vous partez‚ vous me dites‚ je pars avec vous.

UN GARÇON‚ TOUS LES GARÇONS. – Il ne connaît plus personne.

(…)

SUZANNE. – Toi et moi.

ANTOINE. – Ce que tu veux.

SUZANNE. – Je t’entendais‚ tu criais‚ non‚ j’ai cru que tu criais‚ je croyais t’entendre‚ je te cherchais‚ vous vous disputiez‚ vous vous êtes retrouvés et vous vous disputiez.

ANTOINE. – Je me suis énervé‚ on s’est énervé‚ je ne pensais pas qu’il serait ainsi‚ mais à l’ordinaire‚ les autres jours‚ nous ne sommes pas comme ça‚ nous n’étions pas comme ça‚ je ne crois pas.

SUZANNE. – Pas toujours comme ça. Les autres jours‚ nous allons chacun de notre côté‚ on ne se touche pas.

ANTOINE. – Nous nous entendons.

SUZANNE. – C’est l’amour.

(…)

LOUIS. – Et ensuite‚ dans mon rêve encore‚ toutes les pièces de la maison étaient loin les unes des autres‚ et jamais je ne pouvais les atteindre‚ il fallait marcher pendant des heures et je ne reconnaissais rien.

VOIX DE LA MÈRE. – Louis !

LOUIS. – Et pour ne pas avoir peur‚ comme lorsque je marche dans la nuit‚ je suis enfant et il faut maintenant que je revienne très vite‚ je me répète cela‚ ou bien plutôt‚ je me le chantonne pour entendre juste le son de ma voix‚ et plus rien que cela‚ je me chantonne que désormais‚ la pire des choses‚ je le sais bien‚
la pire des choses serait que je sois amoureux à nouveau‚
la pire des choses‚ que je veuille attendre un peu‚ que je demande à attendre un peu‚ la pire des choses…

(…)

SUZANNE. – Ce que je ne comprends pas.

ANTOINE. – Moi non plus.

SUZANNE. – Tu ris ? Je ne te vois jamais rire.

ANTOINE. – Ce que nous ne comprenons pas.

VOIX DE CATHERINE. – Antoine !

SUZANNE. – Oui ?
Ce que je ne comprends pas et n’ai jamais compris.

ANTOINE. – Et peu probable que je comprenne jamais.

SUZANNE. – Que je ne comprenne jamais.

VOIX DE LA MÈRE. – Louis !

SUZANNE. – Oui ? On est là !

ANTOINE. – Ce que tu ne comprends pas…

SUZANNE. – Ce n’était pas si loin‚ il aurait pu venir nous voir plus souvent‚ et rien de bien tragique non plus‚ pas de drame‚ de trahison‚ cela que je ne comprends pas‚ ou ne veux pas comprendre.

ANTOINE. – Pas d’autre explication‚ rien de plus. Toujours été ainsi‚ désirable‚ je ne sais pas si on peut dire ça‚ désirable et lointain‚ distant‚ rien qui se prête mieux à la situation. Parti et n’ayant jamais éprouvé le besoin ou la simple nécessité de se soucier de nous.

(…)


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