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Couverture de J'ai pris mon père sur mes épaules

J'ai pris mon père sur mes épaules

de Fabrice Melquiot


J'ai pris mon père sur mes épaules :Note de l'auteur

par Fabrice Melquiot

  • «  Les vaincus sont obligés, pour survivre, de connaître non seulement leur propre histoire, mais aussi celle de leurs dominants. Les dominants, eux, non.
  • L’ignorance suffit. »
  • Achille Mbembe

Librement inspiré de plusieurs chants de L’Enéide virgilienne, J’ai pris mon père sur mes épaules est l’épopée comique et désespérée d’un homme atteint d’un cancer (Roch) que son fils (Enée) entreprend d’accompagner sur les routes de l’exil, droit vers l’Ouest et le coeur du Portugal où il mourra, après une série d’épreuves. Ce voyage n’est pas un pèlerinage. C’est une échappée vers une terre inconnue, une langue inconnue, un soi inconnu. Il ne s’agit pas seulement pour le père et le fils de remettre la main sur Grinch, prétendu meilleur ami de Roch, traître parti vers l’Est avec les maigres économies de Roch, 2 743€, qu’on aimerait retrouver, pour le principe. Il s’agit pour Roch de laisser à Enée le soin de rêver sa mort, de l’organiser, de l’écrire, et pour Enée de revêtir une nouvelle peau.

D’un point de vue du temps du récit, je ne veux donner aucun repère précis, avant l’issue de l’épopée d’Enée et Roch vers l’Ouest. À la mort de Roch, Enée préfèrera conserver le corps à ses côtés, dans la modeste cabane qu’ils squattent, tout près de Ribeira do Seixal de Cima.
À la manière des Torajas de l’île indonésienne de Sulawesi, qui vivent avec leurs proches, dinent, dorment, cheminent avec eux, longtemps après leur mort, Enée décidera de conserver le cadavre de Roch, le temps d’économiser l’argent nécessaire à sa sépulture qui aura lieu le 13 novembre 2015 – seul marqueur temporel. La fresque se terminera, non pas sur le retour d’Enée chez lui - point d’Ithaque pour le héros virgilien - mais sur le voyage d’Anissa vers l’Ouest, au lendemain des attentats de Paris. Elle retrouve Enée, après l’avoir vu en rêve ; elle apparaît, portant dans ses bras un enfant, qu’Enée élèvera comme son fils, ignorant qu’il s’agit peut-être de son frère. Ils sont là, tous les quatre : Enée, Anissa, le cadavre de Roch, le bébé. In extrémis, Grinch les rejoints, guidé par le fantôme de Filip. Il vient rendre l’argent et demander pardon.

J’aimerais complexifier les idées, les formes, la langue, les personnages  ;  respecter la densité de la vie dont le théâtre s’inspire pour en imaginer des transpositions. La structure rhapsodique de la pièce répond à un désir d’embrasser les flux qui organisent l’écriture pour la scène : épique, dramatique, lyrique. J’aimerais écrire une fresque pop, à la fois intime et politique, un voyage aux confins de l’Europe, sur la terre des poètes et des navigateurs.

L’écriture de chaque pièce répond à un éblouissement. Ce qui éblouit, c’est une poignée de questions, auxquelles il faut se mesurer, pour en resserrer le faisceau.

Ici :
Qui sont les pauvres  ? Pourquoi préférer les vaincus  ? Qui les a anéantis  ? Qui est l’ennemi ? Comment vivre sans fric - sans aucun fric ? Où mènent les routes de l’exil ? Tout droit aux Enfers, épicentre de notre généalogie ? L’origine, qu’est-ce que c’est ? Le Far-West de l’Europe, c’est où ? Les fauchés peuvent-ils, en prenant la route, préserver leur honnêteté  ? Face à la mort imminente et au dénuement, que reste-t-il de leur désir d’intégrité morale  ? Et pourquoi Roberto Bolaño prétend-il que la poésie est essentiellement constituée de courage, d’intelligence et de désespoir ? Qu’est-ce que l’amitié politique, telle que l’évoque Hannah Arendt dans Vies politiques ? Comment exister dans un temps qui nous réclame de vivre exposés les uns aux autres ?

Notre identité est vulnérable. Cette vulnérabilité peut être perçue de façon positive et vécue comme un appel à nouer des liens, nourrir des solidarités. On préfère ériger des murs entre les pays ; infectés par la peur, on reconsolide des frontières devenues poreuses. Cultures et identités se replient sur elles-mêmes  ;  quand en mouvement, elles s’altèrent, se développent, s’enrichissent. Ce qui est en jeu ici, c’est l’être poétique des personnages, lui qui ouvre les portes de la perception et rassemble les identités personnelles, sociales, empruntées, qui définissent un individu.

Fabrice Melquiot, juillet 2017


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